DU PAGANISME
AU NÉO-PAGANISME EUROPÉEN

En Europe par l’intermédiaire des modes américaines, tout comme aux États-Unis par l’intermédiaire des traditions européennes et dans bien d’autres pays encore (Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, Russie) apparaissent de plus en plus au grand jour et chaque année davantage l’engouement, le goût ou la passion de certains pour Celtisme, Chamanisme, Mythologies anciennes, Vaudou, Apollinisme, Hermétisme, réanimés également par les médias, ou les vocables de Spiritualité, Folklore, ou Néo-ruralisme, Néo-primitivisme et Néo-tribalisme[1]: ce «phénomène» s’infiltre jusqu’à son installation même dans la pensée et le modus vivendi de peuples entiers.

L’origine de ce nouvel état d’esprit?

Une des résurgences, si l’on écoute le constat des sociologues ou l’opinion de «l’homme de la rue» «placardée» dans les magazines, une des résurgences de certaines pulsions humaines régulièrement bridées, étouffées ou réactivées (en tant que réaction), au cours des siècles, par chaque étape de «civilisation» et qui reçurent alors des noms variés: Hérésie, Esprit des Lumières, Illuminisme, transcendentalisme, Utopie, Socialisme (de Leroux), Anarchisme, etc., et furent attribués aux «gentils», «philosophes», aux «révolutionnaires», «voyous», «artistes» et autres «déviants», «hippies», «rebelles», poètes «maudits», «zazous» et «garçonnes», «loubards» et autres hors-la-loi de l’ordre établi; sans mentionner les lames de fond plus spécifique: Actes apocryphes des Apôtres, notion du Purgatoire dans la Chrétienté des XIe-XIIIe siècles (Le Goff), les recherches du XVIIIe sur les contes de Fées, l’art mythologique de la Renaissance, Versailles, Du Bellay, Chénier, Sade, Pierre Louÿs, la reviviscence des «lupercales» au XVIe, etc., etc.

À chacune de ces apparitions: panégyriques sur (ou diatribes contre!) la «nouveauté» de leur idéologie!

Or une analyse quelque peu approfondie et synthétique les fait apparaître ces «mouvements», comme nouveaux certes en leurs formes, mais, en réalité, comme les simples mélanges, différemment dosés, de deux courants de pensée: celui du moment (lieu et temps), «officiel», «orthodoxe», des «bien-pensants», et celui qui se dit et semble de base éternelle et universelle, faisant fi des divergences culturelles, cultuelles et sociales.

Combien elle est explicite, pour étayer notre affirmation, cette phrase de Victor Hugo s’esclaffant devant la «barbarie» des Turcs qui n’avaient pas, dans leur langue, l’équivalent de notre mot «civilisation» (Choses vues)!

SENS ET ESSENCE DU PAGANISME

Cette pensée, que l’on pourrait donc qualifier d’hétérodoxe par rapport à toute orthodoxie d’un moment historique donné, fut nommée, aux débuts du christianisme, et par lui-même seulement: le PAGANISME. Ce mot ayant perdu, en général, aujourd’hui, toute la connotation péjorative qu’il convoyait alors et convoya longtemps, ce «terme injurieux et ignoble» (Fabre d’Olivet), nous l’utiliserons ici par commodité et suivant l’usage actuel consacré!

Notre but, dans ces pages, on l’aura compris, n’est point d’en ajouter de nouvelles aux études déjà fort nombreuses et érudites suscitées par ce thème, mais de dépasser la vision limitée et limitative, par définition, de chaque spécialiste, pour une vue d’ensemble du phénomène. Ne pourrons-nous pas ainsi en atteindre, percevoir et exposer les éléments constitutifs essentiels, tous les sens de ses multiples facettes manifestées au cours des siècles et tout particulièrement lors de ses spasmodiques (cycliques, affirmeront certains) résurgences? Alors, bien évidemment, cette grille de lecture placée sur le monde actuel séparera pour nous immédiatement les ingrédients «païens» de ses autres composants.

Une vue d’ensemble est nécessaire pour cela: en effet, réserver chacune des «découvertes» faites en ce domaine aux  seuls spécialistes, amateurs ou enthousiastes de disciplines particulières, telles que l’influence du paganisme sur la littérature préromantique, les Mystères païens de la Renaissance, les Religions païennes des anciennes Îles Britanniques, son impact sur les femmes, sur la poésie anglaise, les miracles, la religion chrétienne en Europe ou en Russie, la musique, les blasons, tel conte du Graal ou le mode de vie de tel ou tel siècle[2], est certes de première nécessité pour l’approfondissement de chacune de ces disciplines! Mais voilà bien ce qui engendre un obstacle primordial, par absence de connexion avec les fonctions et tendances humaines générales, à la compréhension des principes d’harmonie et de mieux-être tant individuels que sociaux censés y être exposés. Or n’est-ce point là une nécessité de base pour qui souhaite l’entière compréhension de toute réalité qui conditionne «problèmes de société», «problèmes de santé», «problèmes de survie» de l’espèce humaine et de sa planète?

Qu’est donc ce paganisme?

LES ON-DIT

Appliqué au cours des siècles aussi bien aux Musulmans qu’aux Philosophes, puis aux Amérindiens comme aux peuplades primitives, beaucoup de chercheurs ont cependant voulu en différencier les diverses formes – par exemple: «le paganisme du monde méditerranéen, cette idolâtrie des choses créées que le Christianisme a combattu et le «naturisme» des Européens du Nord pour lesquels la nature possède une signification symbolique et spirituelle»[3], ce qu’un F. Schuon nomme le «naturalisme philosophique» des Méditerranéens et le «naturisme à caractère spirituel des Nordiques»[4]. Fabre d’Olivet, lui, note avec perspicacité également que «cette dénomination qui pouvait convenir dans le Ve siècle aux Grecs et aux Romains qui refusaient de se soumettre à la religion dominante de l’Empire, est fausse et ridicule, quand on l’étend à d’autre temps et d’autres peuples (et qu’on ne saurait) dire, sans choquer à la fois la chronologie et le bon sens, que les Romains ou les Grecs des siècles de César, d’Alexandre ou de Périclès, les Persans, les Arabes, les Égyptiens, les Indiens, les Chinois anciens ou modernes soient des Payens, c’est à dire des paysans réfractaires aux lois de Théodose, ni nommer ainsi Socrate, Pythagore, Zoroastre ou Confucius».[5]

Bien que parfaitement en accord avec eux, nous percevons cependant le caractère superflu de telles distinctions pour notre propos; mais elles nous aident sur le chemin de notre définition du Paganisme. En effet, la définition première à laquelle conduisent de telles mises au point historiques, ajoutées aux jugements de ses détracteurs et aux qualificatifs égrenés par ses sympathisants, peut s’exprimer alors ainsi: le Paganisme qui nous intéresse ici, le Paganisme en soi, extra muros (!), méta-historique, visible dans le Paganisme actuel, est l’opposé du christianisme ou des idéologies codifiées qui en dérivèrent (Protestantisme, Laïcité, Philosophisme, Anarchisme, Psychologisme et autres épiphénomènes: partis politiques, écologie, etc.). Nous insistons sur le mot «codifiées»: le vocable «Paganisme» ne fut pas forgé par les «Chrétiens des premiers siècles (pour désigner) l’état d’une population qui n’a pas encore été évangélisée»[6]

À «l’ethnocentrisme» évident du mot, renvoyant à tous les éléments placés «hors de la sphère d’influence du christianisme historique»[7], va s’ajouter la dictature» de la pensée dominante quelle qu’elle soit, et donc son processus «d’endoctrinement», («évangélisation» religieuse ou non, «ecclésiastique» au sens étymologique dérivé d’ecclesia!) pour faire du Paganisme le symbole, pour ses détracteurs comme pour ses sympathisants, des trois divergences fondamentales d’une des deux seules approches possibles de l’existence.

Dans la littérature qui lui fut consacrée, Paganisme est synonyme de Polythéisme opposé à monothéisme: d’approche intuitive opposée à intellectuelle, de liberté d’agir pour tous les sens opposés à Règle et Discipline: telle est, du moins, l’opinion dichotomique et manichéenne de certains de ses observateurs primaires! Écoutons-en quelques-uns évoquer ces trois plans respectifs:

Dans la littérature qui lui fut consacrée, Paganisme est synonyme de Polythéisme opposé à Monothéisme, d’approche intuitive opposée à intellectuelle.

Les Encyclopédistes de 1765, comme ceux de 1990, mentionnent «l’adoration des idoles et des faux dieux», le «mode d’appréhension du sacré (ou du divin) à travers des médiations fortement naturelles: celles de la nature matérielle, de la nature vivante ou de la nature psychologique de l’être, (avec) représentation des dieux sous formes cosmiques, végétales, animales, humaines». Et Pascal de déclarer fermement: «La religion païenne est sans fondement» (Pensées 404), tandis que C.K. Chesterton explique, dans l’Homme Éternel, que «le Paganisme est une tentative pour atteindre les divines réalités sans le secours de la raison et par la seule vertu de l’imagination». Ce sera enfin Saint Bonaventure qui conclura notre illustration, avec son: «Imposons silence aux préoccupations, à la concupiscence et à l’imagination sensible» (Itinéraire vers Dieu); avec l’aide, toutefois, de A; Thérive: «Heureux ceux qui sont affamés! Heureux ceux qui pleurent! Tel est le verdict éternel des Béatitudes. De cette parole-là le Paganisme et le Naturalisme ont tremblé, et du jour qu’elle fut prononcée, le Pan est mort» (Portes de l’Enfer).

VÉRIFICATION:

De telles définitions systématiques, monolithiques, résistent-elles à une analyse quelque peu attentive?

Sans entrer profondément dans ce sujet, qui obligerait à traquer les formes du Paganisme dans le christianisme lui-même[20], rappelons seulement et le pluriel Elohim pour désigner le dieu unique des judéo-chrétiens, le «un de nous» de la Genèse (3-22), et le pluriel du nom du dieu celtique Lug, «tous les dieux (étant ainsi) exprimés en un seul théonyme[8]; notons la notion du Dieu créateur associée aux dieux chez les Amazoniens[9] comme les Aztèques[10] et le constat édifiant de G.E. Pillard(II) ou «l’intérêt que pourrait avoir eu César à introduire un polythéisme anthropomorphe pour (faire disparaître) le monothéisme gaulois»!

Combien d’exemples nous pourrions ajouter pour ceux qui se plaisent à refuser l’unification, la conjonction des opposés, et prônent la dualité séparative aux dépens du dualisme de l’équilibre! Suffira-t-il de mentionner le «panthéon» des dieux de la mythologie chrétienne qui faisait sourire Porphyre, au IIIe siècle: «Les Chrétiens parlent d’Anges, non de Dieu, mais pourquoi se disputer sur le nom»[12]; ou devrons-nous rappeler les «idoles» flanquant les murs des églises, critiquées comme païennes par le Protestant, depuis les personnages historiques ou inventés (Jésus, Vierge, Saints) jusqu’aux héro-demi-dieux, du simple curé statufié dans son église campagnarde au Bossuet de la cathédrale de Meaux?

Quant aux «saints» laïcs, l’école publique «gratuite et obligatoire» les répertoria, dès le début de son «évangélisation» (au sens étymologique, issu de «bonne nouvelle»), dans ses textes sacrés: Vercingétorix, Charlemagne, Bernard Palissy, Pasteur, Jules Ferry etc. Le Psychanalyste va adorer Freud, Jung, Lacan ou leurs disciples alors que l’athée citera et louangera un sportif, sa grand-mère ou l’Animateur d’un radio libre!

Nous nous contenterons donc d’évoquer le fait que monothéisme et polythéisme ne sont en réalité que les deux facettes de toute perception, initiatrice ou multiplicatrice, avec ses concepts d’absolu et de relatif, et de conclure que le Un-sans-second ne saurait être évoqué par aucun être qui n’en serait lui-même une manifestation, devenant, ce faisant, «dieu» second, déjà à ses propres yeux ou premier (voir G. Bruno par exemple), et parvenant rapidement à jouer le rôle d’un dieu ou demi-dieu (voyant, prêtre, connaissant, professeur ou conseiller)!

«La visée d’un Dieu sans figure à travers une médiation active, volontaire, historique» et la recherche de «vouloir collectif efficient de ses témoins» dont, écrit l’Encyclopédie Universelle (1990), se réclame le christianisme, n’engendre-t-elle pas indubitablement des figures héroïques? Quelle différence, alors entre «les dieux du Paganisme, des hommes comme Jupiter, Hercule, Bacchus, (etc.) ou des êtres fictifs et personnifiés comme la victoire, la Faim, la Fièvre» (Encycl. 1765) et tous les saints protecteurs et héroïques du christianisme?

Ainsi se réconcilient deux approches faussement différenciées par le mental des dualistes séparatistes! Ainsi s’évanouissent les admonestations lancées par les Chrétiens contre les Idolâtres; et s’éteignent leurs conseils virulents à leurs sectateurs pour les pourfendre, les: «Quittez leurs folies et leurs enfances. (Ils sont) du côté de l’erreur» (St Augustin)[13]. Ainsi se taisent celles tout à fait identiques, lancées jadis contre les moines de Cluny, des conquérants de l’Amérique du Sud ou du Nord, des Européens, persécutés par le christianisme, persécutant les Hindous, les Indiens, les Aborigènes australiens, etc., de même que celles de l’Église réformée contre l’idolâtrie de l’Église romaine, ainsi conspuée, par exemple, par le «Médecin du Roy, François Monginot» en 1619: «Voici donc une Religion admirable en laquelle on parle à du bois et à des images qui n’entendent François ni Latin»[14].

Quand à la définition du Paganisme par référence à l’imagination utilisée au détriment de la raison, elle est sans nul doute fondamentale, à condition toutefois de bien définir ces termes depuis longtemps dévoyés ou flous. Les chercheurs intéressés s’interrogeront eux-mêmes sur les concepts de l’imagination vraie ou fantasmatique de la scolastique chrétienne, de la différence à établir entre raison et raisonnement, entre esprit et mental: sans nul doute concluront alors que le Paganisme n’est pas simplement la facette du courant de pensée opposé au christianisme mais une manière extra-temporelle, et impersonnelle par conséquent (méta-physique), de percevoir le monde et l’existence, contre lequel s’insurgent, luttent et cherchent des substituts «physiques» ceux qui, pour des raison personnelles, psychologiques ou autres, ne sauraient en tolérer la non rationalité!

Monothéisme et Polythéisme
ne sont en réalité
que les deux facettes de toute perception.

État d’Esprit (Paganisme) versus état de mental (Dogme).
On conçoit aisément alors que le Paganisme n’ait pas d’existence, stricto sensu, et qu’il ne puisse, par conséquent, offrir un corpus référentiel bien élaboré ni de représentants «officiels» pour répondre aux reproches, sur ce point, de ses détracteurs. Gardons-nous cependant d’identifier la conduite du Païen à un «laisser faire», à une «passivité» de la conscience dans ses actes! Les rituels, les chants, les contes, les dictons, les superstitions et autres pense-bêtes, ainsi que le contact possible avec le gardien de la «Parole éternelle» (Druide, Chaman, Sage, etc.) et à ses «vers» dont parle César comme constitutifs de certaines doctrines, sont autant de codifications réelles, même si leur forme symbolique, synthétique, associative, ne saurait être appréhendée par des cerveaux favorables aux seuls schismes, controverses et individualisation.  Rappelons que le chrétien est traité «d’ignorant» par Celse[15], Epictète[13], qu’il ne pratique pas la «lecture ésotérique» des œuvres[16] et qu’on l’en dit incapable, car déjà non motivé pour cela, par son mode de pensée particulier[17].

Cette «loi» du païen se «faisant (nous ajouterons: étant) substance même du groupe»[18] n’a besoin, dans le clan, que de rappels (images, graphismes mnémoniques), de simples réactivations d’une mémoire innée, ancestrale, éternelle, à la ressemblance (ou l’identique?) de celle de l’âme-groupe, comme la nomment certains, des animaux ou de l’atavisme psychosomatique.

On ne saurait donc établir par ce moyen une définition du Paganisme, d’autant que les conflits qui présidèrent à l’élaboration de la Bible officielle, puis au déploiement de la doctrine chrétienne, avec le cas épineux des apocryphes, de certaines Épîtres et Apocalypses, de l’absence même, en ses débuts, de «canon définis des écritures chrétiennes»[12] et l’accusation de n’être alors qu’une «superstition nouvelle»[15], ainsi que le syncrétisme évident de ses symboles, de ses textes et de ses fêtes dont l’origine païenne est souvent mentionnée (Apocalypse de Jean, Jol scandinave pour Noël, etc.)[19], parsèment bien des études, depuis fort longtemps. Les précieux travaux de Robert Mercier[20] seraient d’ailleurs mille fois suffisants pour entériner définitivement les fausses accusations de manque de «sérieux» des croyances païennes dans tout mental épris de rigueur et d’honnêteté intellectuelle, refusant de rabâcher des contre-vérités admises comme «paroles d’Évangile»! Renversant même les propositions généralement admises, on pourrait en arriver à prétendre que les formulations «doctrinales» des peuples païens sont souvent plus intellectuellement «pures» et rigoureuses que celles du christianisme qui comme le remarque le sociologue Michel Maffesoli, a une «dimension multidiniste frisant parfois le laxisme moral ou doctrinal»[21]! De plus récemment, un prêtre ne va-t-il pas jusqu’à s’insurger: « Dans le christianisme que nous vivons, il y trop de paganisme», stigmatisant le «fétichisme paganique» de l’eau bénite, les représentations théâtrales, le jazz des cérémonies, et rêvant du «jour (où) la hiérarchie aura libéré le sacerdoce du paganisme et de l’esclavage des lois inutiles qui le rendent stérile»[22]?

La conclusion est incontournable! La parole révélée de l’un sera toujours, pour son ennemi, une divagation de l’imagination! Le seul test révélateur de la véracité d’une assertion étant, par contre, son utilité bénéfique et sa pérennité, il nous sera loisible de percevoir, dans la civilisation actuelle, ses éléments indestructibles, quelle qu’en soit l’étiquette! Et ainsi, de même que la destruction, en certains siècles, des Menhirs et des sculptures de cathédrales eurent pour conséquence l’attention portée par les siècles suivants à leur existence, à leur symbolisme, à la pensée de leurs constructeurs et de leurs destructeurs, ainsi chaque apparition d’une «secte» contestataire (Protestantisme, Lumières, Matérialiste, etc.), chaque conflit (guerres de religions, croisades, inquisition, chasse aux sorcières, révolutions, séparation de l’Église et de l’État, lois sur l’éducation, changements de programmes, de politique etc.), chaque pénétration de nouvelles religions, philosophies, modes et «alternatives» (bouddhisme, islamisme, «sectes» anti-sectes catholiques ou laïques, droite ou gauche, etc.) exposent la lutte sempiternelle de toutes les institutions contre un courant dissident éternel, contre «cette archéo-civilisation qui sommeille quelque part en nous» (J. Malaurie)[1], en «nous autres païens», comme le ressentait Mérimée (Portraits; comme le reconnaît l’Édition du Figaro Littéraire (21.12.95), questionnant:

«Sommes-nous vraiment aussi émancipés que nous le croyons de ces animistes que nous traitons de sauvages?» Et Sainte-Beuve lui-même (Eglogue Nap.) qui chante: « Paganisme immortel, es-tu mort? On le dit; / Mais Pan s’en moque et la Sirène en rit».

«Les Païens ont divinisé la vie
et les Chrétiens sont divinisé la mort.»
Madame de Staël.

L’appel aux sens, que l’on a vu être considéré comme notre troisième caractéristique du paganisme, découle naturellement des éléments mis à jour par les deux précédentes: observons-en alors les aspects concrets dont témoignent les documents d’époque.

Au préalable, cependant, nous souhaitons nous positionner par cette remarque: tout lecteur quelque peu conscient de la subjectivité humaine n’entretiendra guère d’illusions quant à l’objectivité, la véracité de tels témoignages, qu’ils soient dithyrambiques, émanant d’enthousiastes, ou fomentés par des opposants obsédés, diatribes virulentes. Les scandales actuels des fausses informations journalistiques ou télévisuelles, ainsi que l’accroissement de la mise à jour des diffamations, colportages de ragots dans la «France profonde» comme en certains autres pays européens, joints aux résultats contradictoires des enquêtes, sondages, études, aux droits de réponse et aux remises en question de faits prétendument «historiques» (de Gilles de Rai à la mort de Jeanne d’Arc, en passant par les moustaches de Vercingétorix!), ont justement accru la méfiance à accorder à toute «information». Nous les utiliserons, nous, pour ce qui concerne le monde «païen», comme nous l’avons signalé en d’autres occasions[23], parce qu’elles expriment des réactions primaires, directes, à des idéaux et nous permettent ainsi d’en découvrir les motivations profondes, au-delà des faits eux-mêmes, véridiques ou mensongers.

Trouverons-nous ainsi schéma plus net ailleurs que dans les accusations tellement systématiques et symptomatiques des trois exutoires de base de tous les «justiciers», qu’elles furent proférées par tout parti et sans cesse au cours des siècles, ce en dépit des constantes dénonciations de parti-pris émanant de penseurs plus «objectifs» (au IVe siècle, voir note [12]; au XXème, voir sociologues et certains universitaires)? Nous les avons entendues dans la bouche de certains païens contre les cultes isiaques, contre les Chrétiens dans celle de certains Romains; quelques Chrétiens en usèrent contre les «sorcières», les Mormons, l’Armée du salut, les Juifs et certains «bien-pensants» actuels y moulent leurs discours contres les «sectes» des autres: captation d’argent, sexualité dénaturée et abus de pouvoir.

Sur cette trame sous-jacente bien perceptible de toute activité humaine (physique, émotionnelle et mentale) germeront et s’épanouiront, entre autres, les mots suivant, témoignage après témoignage: «erreurs, ignorants et charnels, pas évangélisés, folie, enfance, niaiseries, diabolique, idoles, faux dieux, superstitions, oracles, sacrifice, nature, déguisement, signes sacrés, fêtes, rites, orgies, invocations, sorciers, guérisseurs, magie, lumière, pensée, parole, imagination: invention! Liberté, enthousiasme, fierté, passion, personnalité et patrie» (P. Lance), «épanouissement de la créativité».[24]

Ce pour le Paganisme…
En parallèle, la confrontation de certains païens face aux valeurs chrétiennes ajoutera à nos matériaux de référence: (Pelage), «antique frayeur devant la sexualité, hypocrisie, dissimulation, pudeur tyrannique»[25]; Celse parle de «ramassis de gens ignorants et de femmes crédules, recrutés dans la lie du peuple…, ligués contre toutes les instituions religieuses et civiles, poursuivis par la justice (et guidés) par un charlatan (Jésus).[15]

Perçoit-on autre chose, d’après ces documents, que la seule opposition entre deux courants de pensée «religieuse»? La virulence des uns et des autres, la certitude de chacun  d’avoir raison et «leur goût respectif pour la confrontation nous apparaît, bien que dans sa forme pervertie car exacerbée, composer la base fondamentale de cette pensée innée, éternelle, ce Paganisme que nous tentons de débusquer, cette «loi de la nature» identique à  celle des abeilles (dit Sénèque)[17], ressurgissant, par là, bien régulièrement au cours de l’histoire! Le bestiaire des cathédrales, souvent anthropomorphe, n’évoque-t-il pas ses origines «animales», au sens conventionnel et étymologique du terme? Cette «faune monstrueuse», cela ne permet aucun doute à certains, est bien «un reliquat des tradition du paganisme»!

Courant primitif, vital, de «nature», «racines de la mystérieuse forêt vierge de la foi populaire, force religieuse cachée et pré-chrétienne», universelle[24]. Voyez! Y a-t-il vraiment des divergences entre les contes, l’imaginaire merveilleux des peuples du monde? Voyez «les dieux païens de l’ancienne Russie»[24]. Lisez le PachatantraAinyahita (mazdéisme), les légendes amérindiennes ou australiennes! Regroupez leurs symboles, ces «masques de dieu» collectés par l’érudit Joseph Campbell![27]

Ainsi la différenciation première nous permettant de circonscrire le Paganisme dans sa source par rapport au christianisme historique se dissimulerait bien là; ce que Madame de Staël avait judicieusement découvert et mentionné dans Corinne: «Les Païens, note-t-elle ont divinisé la vie et les Chrétiens ont divinisé la mort». Diviniser la vie, c’est vivre consciemment son existence quotidienne, diviniser la mort, c’est penser. «Le ciel est pour ceux qui y pensent» chante Joseph Joubert dans ses Pensées au début du XIXe siècle! C’est se secondariser en soi-même et par rapport au monde.

Voilà bien la raison de base pour laquelle le Païen ne souhaitait fondamentalement ni formuler, ni transcrire, ni édicter de théories définitives! Pas de cet «immobilisme doctrinal et intransigeantisme spirituel et moral» dénoncé aujourd’hui encore contre les Chrétiens (Monde 22-12-95).

Pas de prosélytisme, par conséquent pas de conscience obsessionnelle du temps qui passe. Nous constaterons de même que le courant idéologique des XVIIIe et XIXe, aujourd’hui nommé «Illuminisme», était si intimement lié au quotidien des êtres que personne ne se souciait alors véritablement d’en attester ou démontrer la présence: le vocable par lequel certains se désignaient ou évoquaient leurs confrères variait également sans cesse. Et lors de la vague «hippy», n’en fut-il pas de même? Bien qu’en pleine ère de la photographie, de la télévision et du cinéma, ce phénomène international ne devait curieusement laisser qu’une très faible iconographie d’époque.

On le voit: «Le monde païen, (qui) acceptait le surnaturel comme allant de soi» (D. Rops, Jésus en son temps), acceptait également toute l’existence ainsi; ce qui nous permet de proposer cette définition trinaire du Paganisme:

Le Paganisme, c’est le oui opposé au non, l’ouverture à la force de vie, l’ajustement et non la condamnation–répression; le respect du naturel et non son dénigrement.

Il est, sur le plan intellectuel, le Présent vécu préféré à la ratiocination: «D’abord vivre, ensuite philosopher»![25]

Dans la pensée sauvage, proclame Lévi-Strauss, «la vie, c’était l’expérience, chargée d’exacte et précise signification».[28]

En face de lui, écoutons son contraire: Hugo chantant l’espérance, le futur, une relation avec une simple forme… de pensée: «La grande et sainte République! / Celle que l’homme attend, que l’Évangile explique» (choses vues).

Et sur le plan physique de l’être humain? Ouverture à tous les sens pour la valorisation du Beau, du Bon, du Bien (Vrai) (voir note [29]).

CONCLUSION

Remontant à la Source-Mère de ces trois constats, nous conclurons: le Paganisme, c’est le oui face au non des philosophies-pensées-religions de ses adversaires: la philosophie opposée à la «Misosophie» (G. Marcel) dans l’acceptation étymologique des mots.

Étayons cette assertion par les anathèmes foisonnants lancés contre les païens afin de pouvoir ensuite énoncer quelques-unes des innombrables illustrations concrètes de cette pensée maintenant décryptée :

«N’ayez point foi à ceux qui usent de caractères magiques» ou de l’écriture.[34] «Ne les consultez pour rien que ce puisse être. Que nul n’observe la situation de la lune». Ne pas regarder les oiseaux. Ne pas observer les solstices. Pas de danses et chants diaboliques». «Ne pas invoquer les démons: Neptune, Pluton, Diane, Minerve le génie… Ne pas s’abstenir de travailler le jeudi ou en Mai. Ne pas porter d’ambre. Que personne ne nomme ses maîtres le soleil et la lune. Ne pas prêter attention à la date de naissance. En cas de maladie, pas de recours autre que se confier à Dieu et à l’eucharistie, ou à l’huile bénite» (Sermon de St Éloi [6]). Pas de statues! Pas de complaintes funèbres![36] «Que personne ne fasse point de voeux et n’aille point rendre des dévotions aux pierres, aux fontaines, aux fentes et aux trous des arbres et des buissons. Quittez les fêtes des Idolâtres, leurs folies et leurs enfances.» ST Augustin[13]. «Qu’ils aillent se réfugier dans les bois. (les éditeurs de Rousseau et Voltaire), et qu’ils portent leurs presse chez les sauvages» (Evêque de Troyes, 1821)[37].

Voici revenus, clame le Néo-paganisme, à contrario, «la sensualité libérée et asexuée, l’éthique de la volonté de puissance , le culte guerrier de l’honneur, la révolte contre l’idée d’une norme suprême hétéronome plutôt que surhumaine»[38], l’acceptations du merveilleux du sens des choses, de la Magie!

LA MAGIE

Le thème de la magie, qui apparaît sans cesse dans les accusations anciennes ou modernes du paganisme est bien évidemment la facette contiguë à notre définition, de son État de conscience; si toutefois nous entendons ce terme dans ces acceptions originelles et non par ses connotations profanes et imprécises. Il équivaut à «manipulation des puissances divines imprévisibles qui emplissent l’univers» et qui engendrent, évidemment, «peur, anxiété et insécurité dans l’esprit humain»; pour ce faire, le païen «exploite les liens de sympathie entre les substances matérielles et les énergies correspondantes, qu’elles soient daemons, planètes ou dieux»[30]. Ce qui le différencie de l’homme naturel, du «Woodwose», du «velu», du «yeti», sans doute, du bon sauvage de Rousseau, etc.[31]? Ses totems (points de référence directs) et ses tabous (indirects, eux) ainsi établis en super-stitions (pour nous, étymologiquement: se placer au-dessus), dynamisent une conscience séparative que n’a pas l’homme en «transes», à la réceptivité «pure», voir l’animiste, en relations partielle, lui (passivité intellectuelle) avec ses «extérieurs».

Ce qui différencie alors le licite et l’Illicite du Païen de ceux du Chrétien ou du «Laïc»? Ses conséquences pragmatiques et généralisables!

On se penchera, a contrario, sur la valeur relative des «systèmes» de pensées ambigus ou aberrants: voyez les difficultés d’un Abélard, pourtant toujours fort habile à trouver des justifications et d’autres, plus près de nous, face aux problèmes insolubles nés ainsi! Que de conflits pour régler le conflit entre «tu ne tueras point» et l’autodéfense, la guerre, voir la carnivorisme, entre l’interdiction papale de la contraception et la famine dans le monde, des préservatifs et de l’épidémie de Sida, entre tolérance républicaine et sauvegarde de l’État, entre valeurs reconnues et valeurs utilisables terrestrement pour le mieux-être (M. Porète, qui en avait manifesté la compréhension, fut condamnée au bûcher! Et Maître Eckart, G. Bruno, Drewerman ?).

Conclusion d’un «hérétique»: «Entre leur Dieu et Diable quelle est la différence[32]? Mythe «païen» symbolique: Diane, protectrice des animaux… et chasseresse!»

La mentalité païenne, par son oui, s’ajuste sans cesse, cas par cas: oui à oui et oui à non, symbolisé par les Entrelacs celtiques, les lacs d’Amour médiévaux, les «entrelacs de la glycine» du Zen. C’est là «un savoir vivre en toutes sortes d’états, et savoir se régler selon les circonstances où on se trouve»[33]; elle correspond, cette attitude, à sa perception du monde: car ce n’est pas «un monde à dominer, mais un monde à connaître» (ainsi pensent, aujourd’hui encore, les Cashinahua d’Amazonie[9]; non à dominer par avoir plus (de possessions, de sectateurs), mais à connaître pour être en état d’harmonie et de plénitude.

Aussi les «sauvages (sont-ils amenés à construire leurs sociétés sur l’équilibre écologique et humain»[1] et à «utiliser» tout, l’ami, l’ennemi, même l’agression, comme une aide physique, psychique ou intellectuelle afin, par là, d’acquérir, de développer ou de maintenir sa propre «force»[39].

Oui! Nous parlerons alors de «respect obsessionnel de l’autre et de l’environnement»[1], en faisant remarquer que, comme certaines étymologies le mentionnent, païen étant synonyme de civil par opposition aux «soldats du Christ», nous le dirons, nous, ce Païen, soldat per se et de facto; soldat de Nature!

La Magie, avec ses sacrifices d’animaux, ses offrandes, ses «fureurs orgiastiques» (Bacchanales, Lupercales, Liberté de Décembre et ersatzs aux goûts du pays), ses cérémonies saisonnières, ses coutumes, ses déguisements zoomorphes, ses carnavals et ses Fêtes des Fous, du Désordre, renversant un instant, l’Ordre établi, etc., ne fait ainsi que maintenir «une continuité entre biologie et social», entre «corps et esprit, foi et savoir»[40], entre pensée et action, entre existence personnelle et collective; «toujours appréhension du sacré à travers des médiations fortement naturelles: celles de la nature matérielle, de la nature vivante ou de la nature psychologique de l’homme» (Encycl. Univ.1990) et complète adéquation, unité, entre lui, le païen, et ce qui l’entoure (nature et humains).

Comment n’accueillerait-il pas alors toutes les énergies de lien, tous les dieux étrangers, les assimilant, au-delà des noms particuliers, et rendant ainsi floue ou impossible les différenciations passées ou actuelles («Il est malaisé de dresser une liste hiérarchique des dieux gaulois» (P.Lance) concluent tant de chercheurs)[34].

Cette tendance «païenne» est évidente dans toutes «religions», les parsemant souvent ainsi d’éléments contradictoires. Lisez le fruit des recherches de Robert Mercier[20], les Rouleaux des Morts du XIe siècle[41] ou l’étude de l’Encyclopedia Universal Europeo-americana (Bilbao). Qui ne perçoit alors que les forces du Paganisme, loin d’établir «une autre religion (sont) intimement mêlées au Christianisme», par exemple[24], dont les fêtes calquées sur lui, les héros décalés des siens et les attributs recalés d’après lui annoncent le Vaudou actuel, le modus vivendi des Canaques, Aborigènes australiens et autres cultures «colonisées», les manifestations de la Laïcité, de l’Athéisme socialisé ou des «nouvelles religions».

Pourrai-il en être autrement? N’exprime-t-il pas la raison par excellence, le bon sens de toute conduite humaine? Qui contredirait le fait que «la nature nous porte à travailler pour notre intérêt propre» (matériel ou spirituel) «et à nous sacrifier à l’intérêt public» pour des bonheurs temporels, spirituels ou intellectuels[33]? «La morale de l’homme est faite pour l’homme sauvage comme pour l’homme policé; car dès qu’ils naissent la nature leur crie à tous les deux: chérissez votre existence et soyez heureux! L’amour du bonheur est le grand ressort qui fait agir l’homme »[42].

Voilà bien pourquoi il resurgit sans cesse, ce Paganisme, dans toutes manifestations humaines, que ce soit directement par l’intermédiaire de la conscience, de l’instinct, de la création de l’imagination (dieux) de l’être ou indirectement par les rites, cérémonies auxquels l’être plie son corps et par les associations symboliques auxquelles il plie son mental!

AU-DESSUS DU QUOTIDIEN

Souvenons-nous de la seule maxime rapportée des Druides: Honorer les Dieux, ne rien faire de mal, développer son courage» (Diogène Laerce); Intelligence des choses, Force et Harmonie universelle.

«Honorez les Dieux, ne rien faire de mal,
développer son courage».
Diogène Laerce

Les opposants du Paganisme ne poursuivent-ils pas une quête identique relativement aux deux premières de ces injonctions? Seul le «ne rien faire de mal» était dévié par la pensée en «maintenir sa propre idée du bien en luttant contre son idée du mal» :invention du diable à partir du Cernunnos celte, du dieu primordial Gargantua[11] ou du symbole de l’ouverture (Pan=tout)!

On est ramené à cette divergence unique qui colore toute la quotidienneté des être et revient souvent sous les plumes: le Paganisme serait une «opinion». À moins que ce ne soit une ligne de force naturelle, au-dessus des opinions, «une horloge» dit Lévi-Strauss, une base vitale sur laquelle bourgeonnent régulièrement des excroissance individuelles ou de group, des «superstitions nouvelles» (Celse), non des «raisons» mais des formulations nées «par pur esprit de contradiction» (Celse)[12]: des opinions?

Les Païens ne sont-ils pas «en dehors de l’urbs primitive» (Dict. Antiquités Grecques et Rom.) hors «civilisation» (F.Cooper, Rousseau, etc.), les «habitants d’une terre sauvage sans limite» (spécifie l’anglais Heathen)? Leur sages n’assurent-ils pas ne pas être «créateurs des arts qu’ils ont transmis (mais qu’ils) les ont trouvés, crées par Dieu, dans les choses mêmes (de la nature)»[43]? Ne sont-ils pas les gentils, étymologiquement: ceux qui continuent l’état d’être de leur naissance (Is. De Séville)?

«L’américanisation» de l’Europe consiste,
en réalité, dans le rapatriement
de certains «courants» néo-païens
exportés d’Europe en Amérique.

Nous allons par conséquent synthétiser maintenant les manifestations  de cette «opinion» païenne méta-physique, les confrontant à leurs opposées; de là nous pourrons découvrir le but que nous avons énoncé au début de cet exposé, ses proliférations diverses dans le Néo Paganisme actuel.

DANS LE QUOTIDIEN

Attitude du Païen vis-à-vis de l’existence: «L’être est une sorte d’apprenti-Dieu» (P.Lance).

Primaire (Acteur), s’ajustant. Son but? Voir vivre. Attitude opposée: «La crainte de l’Éternel, c’est la haine du Mal» (Prov).

Secondaire (serviteur), «brillant mais inefficace» car ne tenant «aucun compte de l’évolution de notre société» (M. Crozier. Société Bloquée, Figaro (19-12-95). Son but: Faire son devoir, travailler.

Le Monde pour le Païen? Tout vit: Rayonnement (solaire) ou Réflexion (lunaire) partout. Coexistence. Y être bien… en se développant personnellement.

Pour «les autres»? Fuir le lunaire, le solaire (St Éloi), les «Lumières», (Ev. De Troyes) pour un Soleil archétypal: Dieu, Valeurs, But: Souffrir («se délivrer de la chair»[41], obéir) pour un bonheur futur (Paradis, Progrès, Retraite).

Conséquences pour le Païen:
Oppressions subies pour dynamisation de la conscience des conséquences d’une Ouverture insuffisamment vigilante de la Tribu.

Conséquences pour les «autres»:
Oppressions lancées contre les Païens par «jalousie»: «conspiration de ceux qui souffrent contre ceux qui sont réussis et vainqueurs» (Nietzsche), afin que ceux-ci se révoltant, les contraignent à l’Ouverture, c’est à dire à la conscience des conséquences de la Fermeture sur l’individuel.

Attitude du Païen vis-à-vis des Formes de l’existence:
Ouverture «à tous vents, prêt à accueillir toute suggestion, toute idée lui paraissant séduisante ou utiles»[44]: Oralité, Ésotérisme, Nature. «Tout est signe»[40]: Magie, imagination, conscience. «Les Païens en voulaient mettre au nombre des Dieux  / Ceux qui au genre humain étaient pernicieux»[32].

Valorisation de l’Esprit en soi: «le Poète» opposé aux «théologiens» (Dante) et de la Nouveauté («nouvelle vague», «nouvelles religions»). Compagnonnage.

Attitude contraire:
Fermeture à l’instant, à la nature (contre loups, corbeaux, chats, astrologie, mythes: Codification, exotérisme, culture. «Satan étant le prince du monde, il en est aussi le plus grand politique»[13]; Sélection, répression, élitisme. «Défenseurs de la Religion, (ils) se sont livrés pour elle à toutes sortes de combats» (Clément XIII, «un prélat (qui) venge»): Lutte, valorisation de l’écrit, du passé. Refus du nouveau, de la «liberté de pensée et d’opinion» (Pie IX), du «New-Age».

«Idéologie» de base du Païen:
L’homme autonome, fort soit physiquement, soit mentalement (même «le fou» (Cooper), utile à sa tribu, lié à tout, respectueux de la hiérarchie des valeurs».

Face à:
L’homme faible «par détachement sans mesure de lui-même et de tout» (St Bonaventure), dépendant de l’assistance extérieure (divine, humanitaire), fondu dans le clan social, «le troupeau de J.C.» (Clément XIII), le parti, etc. «Culte des Martyrs substitué au culte païen des Mânes»! (Dict. Archéol.)

«La» Définition?
Paganisme: E-Pan – Oui! (Dieu Pan: Tout).
Idéologie non païenne: Pen – Non! (=drapeau)[52].

LE PAGANISME AUJOURD’HUI

«Paganisme, Christianisme, Muflisme: telles sont les trois grandes évolutions de l’humanité», écrivait Flaubert, nous exposant ainsi les deux éléments qui affublent maintenant le Paganisme, le «Muflisme» nous paraissant être les «extrémités» atteintes de la réaction conte l’incompatibilité de coexistence pacifique et productive des deux premières. Mélange fort confus d’idiosyncrasies, de modes et d’idéologies! Mais forts de la connaissance de ses caractéristiques, observons la résurgence du Paganisme dans l’époque actuelle.

Amorcée aux Etats-Unis lors de l’apparition de la mentalité «beat» et «beatnick», l’épicentre de ce «tremblement de terre» se situe selon nous en 1968, lors d’un symbolique show mondial télévisé de la juxtaposition admise du «Sauvage» et du «Civilisé» du «Noir» et du «Blanc» ethniques, dont nous avons parlé dans «Le Message d’Elvis Presley, un Héros Civilisateur»! le «droit» d’être «païen» commença alors à être admis, avec réticences pour certaines, dans toutes les sociétés de a Terre. En France: Mai 68, Yéyés, «fuite» en Lozère ou à Katmandou. Les caractéristiques du Paganisme furent reconnues, affichées, de plus en plus ouvertement jusqu’à aujourd’hui où elles règnent, semble-t-il, plus qu’en simple «alternance».

N’est-il pas symbolique de lire ainsi dans un Musée de la Poupée (Marcy-l’Étoile), que «même dans les Sociétés industrielles les plus développées survivent des pratiques magiques liées à un paganisme très ancien, la croyance actuelle dans la sorcellerie»?

Reconnu intellectuellement depuis longtemps, le voici officialisé depuis la divulgation des religions, d’une culture de masse, par des médias internationaux, d’une pensée «planétaire»; et pratiqué aussi! Ne sert-il pas de lien commun, dans une société multi-culturelle et multi-religieuse? Il fallut bien l’admettre, lorsque tant de familles déclarèrent que «pour éviter des conflits» entre leurs croyances, les cartes de Noël devraient célébrer «le solstice d’hiver» «qui a plus de sens» parfois même, pour certains «chrétiens, que Noël» et que celles-ci furent alors édités (Int. Herald Tribune, 1993)!

Ainsi semble enclenché le processus actuel de changement de société «risquant», craignent certains, «de déboucher sur une société clanique» (Monde 19/12/95); l’étant déjà, selon d’autre[46], puisque «théâtre de la recherche du sens collectif de la société contemporaine» (Monde) par associations, lobbies, cocooning familial ou tribus, remettant en cause les idéologies figées, présentes, passées ou futuristes, le «progrès» humain aussi bien que l’Évolution ou la Parousie.

Avez-vous médité sur la réaction des citoyens anglais, courroucés d’avoir entendu le chanoine B. Andrews démystifier «la petite souris, la fée Carabosse, le père Fouettard» en prêchant que «l’histoire du Père Noël est pure légende, alors que celle de Jésus-Christ est vérité» (Figaro 19/12/95)? Haro sur le «dictateur»! Ne touchez pas à mon Paganisme!

POURQUOI ?

Nouvelle tentative, après désillusion des méthodes officielles, pour être heureux? Moyen de trouver un consensus pour être en harmonie sur Terre? Ou pulsion inconsciente, venue des profondeurs des êtres, de «l’âme-groupe» de l’humanité toute entière en cette fin du XXe Siècle?

Calcul, intuition, ou inspiration?

Dépassons ce faux problème, car qui donne l’intuition d’un tel choix au calculateur, parmi tant de constructions mentales possibles, depuis l’approfondissement de son mode actuel d’appréhension de l’existence jusqu’au retour au Christianisme primitif ou à d’autres philosophies connues? Et pourquoi l’Islamisme, l’hindouisme, le Bouddhisme, le Laïcisme, l’Athéisme (etc.) eux-mêmes «dégénèrent-ils (disent les puristes) soit en des pratiques magiques, (l’écriture en était une pour les premiers chrétiens!), soit en des associations païennes avec le «matérialisme», la sensualité païenne? pourquoi voit-on l’idéologie chrétienne flirter avec l’orientale (Père Déchanet, Th Merton, etc.) et le Bouddhisme établir des clans dans son errance en Suisse, France, Angleterre depuis les années 70?

Nous voyons là la preuve de la pérennité, de l’universalité du Paganisme et ses caractéristiques à l’œuvre: multiplication des Dieux, ajustement (ouverture), magie unificatrice (relationnelle) et écoute du corps (symbole: yoga).

COMMENT ?

Trois grands courants semblent porter ce Paganisme dans le monde de manière nette, complexe et consciente, depuis sa précédente émergence (Transcendantalisme et Illuminisme du XIXe siècle); ils correspondent aux trois grandes lignes d’appréhension de l’existence: ce sont le Néo-Chamanisme (celtico-druidique ou des Amériques), le Mouvement hippy devenu New-Age et le (Néo)-Tribalisme. Par osmose, mimétisme ou infiltration naturelle, nous le découvrirons proliférant aussi bien dans les manifestations humaines d’ordre intellectuel que d’ordre affectif (religieux, humanitaire, social). Très concrètement, nous le verrons à l’œuvre dans l’artisanat, les fêtes, les modes vestimentaires, l’architecture et l’art même du parler ou de l’écriture; mais plus ou moins mêlé, plus ou moins élaboré par ses protagonistes ou ses utilisateurs systématiques, volontaristes, non païens par conséquent, symbolisés par Sœur Emmanuelle en appelant les siens en ces termes: «Infiltrez-vous dans les sociétés et organisation internationales» (Monde 21/12/95). Il sera plus ou moins perceptible ainsi, dans un monde non seulement tributaire d’un long passé de civilisation, mais devenu surtout pluri-(sinon pan-culturel et cultuel! Notons, de plus, que «l’américanisation» de l’Europe consiste, en réalité, dans le rapatriement de certains «courants» néo-païens exportés d’Europe en Amérique-U.S.A. par des «païens» fuyant religion officielle et «lourdeur» des institutions (des Pilgrim Fathers aux Utopiste, des savants aux artistes) (voir notre ouvrage)[47].

OÙ ?

L’engouement, la mode ou l’intérêt scientifique, philosophique ou artistique, voir politique et économique pour le néo-paganisme européen n’est plus contestable. Certes, il n’existe en France que peu de groupes véritablement cohérents et efficaces, car souvent peu appréciés par la mentalité judéo-chrétienne de base ou la vague d’évangélisation papale, beaucoup sont entrés en «clandestinité» ou ont émigré.

Michel Raoult en a répertorié de nombreux jadis! (1992) De la filière Celtique du Néo-Chamanisme[48] et Internet nous montre la vitalité de cette mouvance, constatable sur place, en Australie, Angleterre, Écosse, Allemagne et Pays de l’Est. Bien que pouvant être diversifiée en «sociétés druidiques», «groupes paganisants de tradition», «groupes ésotériques» ou «néo-chrétiens celtiques»[48], néo-païens nordiques (revue Irmin) ou indo-européens (revue Moïra) et néo-chamanistes, leur idéologie de base est identique: «animisme», sagesse, respect, religion «vivante capable de s’adapter», immortalité de l’âme, lien entre cycles de l’année et de la vie (Druidisme Juin 92) ainsi que leur mythologie, leurs cérémonies (vues «d’en haut») et leurs symboles (triades, éléments, feu, lune, nature invocations, divinités, danses, participation de tous origine androgyne).

Le succès des ouvrages de F. Le Roux et C.J. Guyonvarc’h, de Vincenot, du Manuscrit des Paroles du Druide [40] atteste de ce «revival druidique», de cette «vague de retour aux sources de l’authentique tradition des Celtes en gonne voie»[8]; ceux de C. Castaneda, transmettant ce même fond païen depuis l’Amérique précolombienne (yaqui) ont relancé dans le monde entier des «ateliers chamaniques», l’intérêt pour les substances hallucinogènes, le sens de la Réalité, les cultures amérindiennes, puis la mode des loges de sudation initiatiques, l’art «païen» et les Runes divinatoires.

Certains films illustrent ce courant (Le Moine et la Sorcière, Le pape des Escargots, les Visiteurs, Pocahontas, etc.) dont l’incarnation est visible dans l’extase recherchée dans les raves, les jeux de rôles, les campagnes pour la légalisation des drogues douces, le «channeling» prophétique, l’intérêt (psychanalyse ou symbolisme) porté aux rêves, aux contes de fées, aux textes sacrés divers; d’où la prolifération des «librairies ésotériques», des «ouvrages de référence» internationaux (le Prophète, Siddharta, le Petit Prince, etc.), des documentaires sur les animaux, les voyages et les cérémonies de nouvelle lune!

Voilà bien, quelque peu en vrac, ce qui touche et métamorphose toutes les classes sociales du monde jusqu’à faire naître ces constats: «Faut-il dire que le christianisme est une copie du Paganisme? Oui et non». (Moïra), «Druides, la Potion anti-crise!» (Couverture Express 24/3/94;  et insuffle en l’ex-président de la France, le désir d’être enterré au Mont Beuvray, « iège de l’antique capitale gauloise, haut lieu du musée de la civilisation celtique».

Le Mouvement hippy, païen par excellence dans son entière ouverture aux sens, au corps, à la Nature, aux autres cultures, s’est dilué dans la multitude des dieux, des techniques et des modes de vie du monde entier. Est apparu alors le New-Age, une forme de ce Paganisme naturel à explosion spontanée: donc un néo-paganisme! «Nébuleuse», le qualifient certains, faute d’en voir les trois cristallisations très nettes: Magie (Tarots, astrologie, Runes, channeling, cristaux, anges), art médical (phytothérapie, nourriture saine, massages, yoga, arts martiaux, etc.) à la portée de tous ou de spécialistes (homéo, ostéopathie, acupuncture, etc.) et convivialité (fêtes, musique, peinture, rituels, étude des biorythmes, rassemblement des «tribus»). Païennes!

Le Hippy originel, en quête de spiritualité surtout orientale (symbole: ashram de l’Inde), de peuples différents à côtoyer («La Route», Katmandou), d’un modus vivendi naturel à retrouver (communautés, Ardèche, Larzac, Findhorm) était sans freins culturels ou cultuels. «Le christ est à nos yeux», déclarait-il par exemple (symptomatique), «le premier et le plus pur des hippies»[49]!

Le sympathisant du New-Age, lui, après avoir touché de même à tout, s’est spécialisé, s’est consacré à un domaine particulier: les pages innombrables des revues de psychologie ou de diététique les répertorient pour nous (relaxation, voyance, régression, morphopsychologie, art-thérapie, conscience du corps, etc.).

Mais la majorité des membres de cette mouvance demeure encore ouverte intellectuellement, émotionnellement et concrètement aux «autres», constituant cet immense Réseau aux pèlerinages familiers (ateliers, conférences, Marjolaine, Rainbow Gathering, centres de spiritualité, groupes d’écologie, voir nouveaux partis politiques): bon-enfant, tolérants, jouant sur tous les sens sans pudeur excessive mais sans libertinage non plus, ils sont liés ensemble, internationalement, par les boutiques ou librairies «New-Age» et par des revues, telle Planetary Connections, uniquement positive, exposant bien, par les noms des personnages importants qui s’y sont engagés que «l’on entre dans une nouvelle ère d’œcuménisme politique (de gouvernement holistique) où diriger implique s’associer» (n°6).

On entre dans une nouvelle ère d’œcuménisme
politique où diriger implique s’associer.
(Planetary connections n°6)

D’autres ont fondé, trouvant ce New-Age trop émotionnel et peu rigoureux intellectuellement ou spirituellement, de «nouvelles religions», des «chapelles» plus ou moins chaleureuses, plus ou moins «impeccables» doctrinalement, plus ou moins dogmatiques, exotériques, «monothéiste»: plus ou moins «païennes», plus ou moins «étatisées»!

Cette philosophie s’est installée partout, relayée par les médias: ils s’en gaussèrent tout d’abord, de ses «illuminés», puis pour être à la page et parce que la planète entière s’y retrouvait un peu, ils traquèrent eux aussi le merveilleux, «l’incroyable mais scientifique» (une revue), évoquèrent la survie de l’âme, les remèdes de «bonne femme», l’astrologie, les guérisseurs, les médiums, les talismans, les apparitions de dieux nouveaux (soucoupes volante, artistes pris pour des prophètes, etc.). Les préoccupations deviennent humanitaires; le racisme séparatif n’est plus de mise; la liberté d’expression (radios libres), de croyance, s’affrontent (I.V.G., diabolisation des «sectes», procès à des animateurs de médias); les ethnies tentent de se côtoyer, de mêler leurs cultures (musique), leurs concepts, et leurs corps, exaspérant les nationalismes, l’intégrisme.

Et symboliquement, le groupe vocal des «Fidèles d’Amour» de chanter:  Dans la grande tribu de tous les vivants / il y a de la musique, des danses et des chants / c’est ainsi qu’on s’unit par l’immense énergie de vie»…

Il est si voisin, ce mouvement, du Néo-Tribalisme!
Ce dernier est, en effet, la facette la plus visible du renouveau païen dans les sociétés européennes: conséquence des deux constats précédents, les êtres humains tendent à former des Familles secondaires (de pensée, d’accueil), chacun les utilisant pour y déployer ou entretenir sa force d’autonomie. Aboutissement concret, permanent et naturel des artificiels ou superficiels (aux trois plans vitaux non intégralement présents) rassemblements (clubs, happenings, et psychodrames, voire psychothérapies), cette attitude modifie l’idéologie du «chacun pour soi», et de la «famille subie» en une planétarisation de tout concept (conscience écologiste, mode unisexe et internationale, ouverture du goût, des passions).

Il n’y a plus, comme dans le New-Age, désir de dépasser ses limitations intellectuelles par la connaissance d’autre chose (voire du tout!), mais humilité devant ses illusions égocentriques et retour obligatoire à la simplicité, au naturel, aux joies primaires, aux résultats rapides: retour à l’errance collective des Anglais démunis (Travelers), des Anglo-saxons désillusionnés, des déçus du système allemand ou de l’Est (Bali, Australie, Québec, Espagne «colonisés»), exils, délocalisation d’entreprises, ghettos ou communautés dans les grandes villes du monde, villages réhabilités ou construits en «lieux de vie», «ministère parallèle» (!) des «Enfoirés», se découvrant «Tribu» (TF1 10/2/96) auxquels s’adresse France Telecom avec son «Tatoo»: «Votre tribu garde le contact avec vous»!

Ainsi chaque clan s’agrandit par un dénominateur commun de plus en plus simple, par goût païen du maximum de satisfaction et de convivialité: multiplication alors du nombre de groupements, associations, tribus. Après la mode, par exemple, des fêtes médiévales dans toutes les provinces de France (mais plus encore en Allemagne, Québec, Australie, pays de l’Est, Angleterre), nous avons vu en 1995 l’amorce des rassemblements de musique «country» sur grande échelle, les dédoublant. Les chorales de négro-spirituals sont sur toutes les scènes et les cours de chant n’ont jamais été aussi populaires! Quant aux disques de musique celtique: explosion de la production!

Nous voyons là, ainsi que dans l’augmentation des festivals, spectacles divers, soirées thématiques télévisés et internationalisation grandissante de la langue anglaise, le summum de cette «théâtralisation  de l’existence» (Figaro Litt. 21/12/95) païenne, «religion» au sens étymologique à laquelle se relient toutes les couches sociales, toutes les idéologies, dans la joie de la conscience de l’unité multiple, dans le culte de demi-dieux réels, semblables aux humains ordinaires sur bien des plans, ce dans le plaisir païen de la convivialité, de la simplicité culinaire et la parade vestimentaire (déguisements de cow-boys, d’indiens, de rappeurs, etc. et tatouages); «perpétuation inconsciente des rites originaux  de notre tradition».

Chacun saura percevoir «le retour aux concepts et aux valeurs de ce paganisme» dont la déformation avait entraîné «une perte des valeurs humaines et morales qui forment l’essence de l’être humain» (Moïra). A-t-on remarqué le nombre de tambours (premières victimes des colonisations «civilisatrices») lors des manifestations, en France, fin 95, après ceux du «Bronx» aux cérémonies du Bicentenaire de la Révolution? La force se manifeste, jusqu’à la violence et au vandalisme idéologique (donc non païen alors); confrontations sportives, des jeux télévisés (mentale) et des reality shows (émotionnelle). Sait-on que les villages de tipis fleurissent en Europe (et même en France? Crocodile Dundee fait rêver, avec La Forêt d’émeraude ainsi que Superman, Wonder Woman et autres Amazones ou Conan le Barbare, Rambo sur écrans ou flippers. Plus besoin d’une carte de fédération naturiste pour bronzer ou se baigne nu. Le cuir envahit l’art vestimentaire. Sur les affiches publicitaires des «sauvages» invitent chez Havas tandis que le premier «blanc qui chante comme un noir», Elvis Presley, sert d’appât pour une marque de voiture!

Au grand dam de certains prêtres qui trouvent ces rites païens, les nouveaux mariés sont saupoudrés de riz, protégés des démons par les klaxons; et les enfants, même en Espagne, se déguisent en sorcières pour la fête internationalisée de Halloween!

Le Néo-Tribalisme,
facette la plus visible du renouveau païen
dans les sociétés européennes.

Les matériaux naturels, l’énergie solaire, l’alimentation saine gagnent du public. Les rebouteux et guérisseurs sont recherchés; on soigne son corps et sa peau. On voudrait remplacer la politesse conventionnelle «par le respect des autres et pour sa propre image» (Libération 17/12/95). Les Sorcières de Salem sont réhabilitées «300 ans après l’affaire» et leurs descendantes «animent toujours aujourd’hui le cercle Magique» et les tribus de «Femmes Sauvages» partout dans le monde[50].

Rassemblements de «150 chevaliers et gentes dames dans les rues de Rennes pour sauver Brocéliande d’un barrage» (Ouest France 28/3/94). Unification des responsables officiels des cinq continents dans les cérémonies païennes du partage de la «Femme de Blé», la sculpture végétale de J.P.H. Thomasson.

Libération sexuelle, sensuelle, libération politique (abstention ou création de nouveaux partis: «Loi Naturelle», «Pour Politique de Vie»), libération des «chapelles» (Internet), libération spirituelle (nouvelles formes des religions actuelles ou anciennes et spiritualités syncrétistes: «Nouveaux mouvements Religieux»). Autonomie, besoin de rites vivants et renouvelés (T.V., gadgets, Matchs), de liens (36-15, Fêtes), de Magie (drogues, astrologie, loteries, sciences), de «Nature» (voyages, courses, animaux domestiques), de divinités multiples (chanteurs, politiciens, sportifs).

L’Europe (la France de manière souvent inconsciente, ou à la traîne, ou en catimini) est toujours, et de plus en plus ouvertement, «païenne»!

ET ALORS ?

«Je sais pertinemment que quiconque accepte sa beauté, sa divinité personnelle et en même temps celle des autres ne pourra jamais faire de mal à personne» déclarait jadis un Hippy[51]. Est-il alors, ce Paganisme, «le secret de vivre heureusement», puisque mélange de «sagesse et de volupté» prôné pour cela par Socrate déjà[46]? On en doutera en constatant l’équation: Néo-Paganisme = Paganisme originel + lourdeur du sentimentalisme moutonnier + à peu près intellectuel non païens!

Observons ses manifestations: de «l’un tout contre l’autre» via la rencontre des ennemis, on le voit de former en «caste» (avec « drapeau ») jusqu’au l’un contre (opposé) à l’autre!

Du Paganisme (état d’esprit, transdisciplinaire) via les néo-paganismes (états d’âme pluri, interdisciplinaires) jusqu’aux rassemblements (ecclesia: église) «disciplinaires» (états de mental), prosélytes, plus sociaux que «naturels», fermés aux «dieux» des autres.

En sera-t-il autrement, un jour, surtout en France où cette alternance est, historiquement, si évidente et destructrice, par les conflits d’opposition qu’elle enclenche, après qu’ils aient longtemps été retenus et dissimulés[53]?

E.Y MONIN

NOTES

  1. Revue Politis n°70 (La revanche des Sauvages).
  2. P. Van Tieghem (Slat 1973). E. Wind (Gal.1992). R. Hutton (en anglais Camb.1992). G. Clark (en anglais, Camb. 1975).
  3. Remus (id, Camb, 1983). Mélanges (Ed. de Boccard, 1978), Colloque (P.O.F., 1987), A. Siniavski (Ivan le simple, Alb. Michel, 1990). P. Druilhe (Hachette 1949). M. Pastoureau (Picard 1993). E.Y. Monin, De la Chevalerie à la libération, Paris 1990. L. de baecker, De la religion du N. de la France avant le christ, (Monfort).
  4. S.H. Nasr L’homme face à la Nature. (Buchet-Ch., 1978).
  5. In. Études Trad. (58e année).
  6. Les Vers Dorés de Pythagore (H. Veyrier, 1991, p.77 et note).
  7. Grande Encyclopédie Larousse 1984.
  8. Encyclopédie Universelle 1990.
  9. F. Le Roux et C.J. Guyonvarc’h, La civilisation celtique, Rennes 1986.
  10. Le dit des Hommes Vrais (A.M. d’Ams. (10/18/1978).
  11. L’Envers de la Conquête, M.L. Portilla (Fedrop, 1977).
  12. Le vrai Gargantua (Imago, 1987).
  13. Cité dans: Païens et Chrétiens dans un âge d’angoisse, E.R. Dodds (Pensée Sauvage 1979).
  14. In. Traités singuliers et nouveaux contre le paganisme du Roy-boit, Jean Deslyons (Paris, 1670).
  15. Résolution des doutes ou Sommaire décision des controverses entre l’Église Réformée et l’Église romaine, (Ed. N. Bourdin Carenton 1619).
  16. Contre les Chrétiens, de Celse, J.J. Pauvert 1965.
  17. P. Chuvin: Chronique des derniers payens, Fayard, 1991.
  18. Harold Renus: Pagan-Chriistian conflict over Miracle in the IIe century, Cambridge 1893, citant Celse.
  19. P. Clastres in Le Sauvage à la Mode, Sycomore 1979.
  20. Mélanges offerts à Marcel Simon (Paganisme, Judaïsme, Christianisme) Ed. de Boccard, 1978, etc.
  21. Articles divers dans la revue La Voix Solaire et Le Retour d’Apollon, Robert Mercier (ED. La Colombe, 1963).
  22. Le Temps des Tribus, Michel Maffesoli, Livre de Poche 1988.
  23. G.Rehban: Je ne veux pas être un prête païen, Epi 1969.
  24. Par exemple, in: Le message d’Elvis Presley, un Héros civilisateur (E.Y.Monin).
  25. A. Siniavski: Ivan le Simple (Paganisme, Magie et Religion du peuple russe) Albin Michel, 1990).
  26. R. Salardenne: Le culte de la Nudité, Prima, 1929.
  27. Dr. Cabanès: Moeurs Intimes du Passé, Albin Michel, s.d.
  28. Primitive Mythology, etc., 4 volumes de The Masks of God, Penguin, 1959.
  29. Plon, 1962.
  30. Emmanuel-Yves Monin: George Sand, Toubadour de l’éternelle Vérité, Table d’Emeraude. 1993.
  31. The Egyptian Hermes (a historical approach to the late pagan mind), Cambridge, 1986.
  32. Voir: Printer’s divices, Oxford 1949, Houssay (Blason du Velu, 1920), de Libera Penser au M.A. (Seuil, Suso (Livre de la Vérité et notre George Sand (note 29).
  33. Recueil de Pièces Hérétiques (Bibl. St Geneviève).
  34. I. Papin: La vanité des sciences ou Réflexions d’un Philosophe chrétien sur le véritable bonheur, Amsterdam, 1687.
  35. FR. Thelemon: Païens et chrétiens au IVe siècle, Paris, 1981.
  36. Voir nos Diane à la Licorne (1985) et La Chasse Sacrée (1988).
  37. L. de Baecker: De la religion au Nord de la France avant le christianisme, Monfort, s.d.
  38. Instruction pastorale de Mgr. L’Évêque de Troyes sur les Nlles Œuvres de Voltaire et Rousseau, Troyes, 1821.
  39. J. Marlaud: Le Renouveau païen dans la pensée française, Labyrinthe, 1986.
  40. Voir Le Manuscrit des Paroles du Druide, Le Point d’Eau, 1990, les déclarations des Amérindiens(passim) et les ouvrages de Castaneda.
  41. Marc Augé: Le Génie du Paganisme, Gallimard, 1982.
  42. Les Moines Messagers de J.C.Kahn, J.C. Lattès, 1987.
  43. De Lille: La Philosophie de la Nature,Amsterdam, 1770.
  44. E.Bréhier: La Philosophie du Moyen Âge, Albiin Michel, 1971.
  45. W.Howells: Les Païens, Payot, 19520.
  46. Druidisme, Avril 1982.
  47. Le Temps des Tribus de M. Maffesoli, Livre de Poche, 1988.
  48. Le Message d’Elvis Presley, un Héros civilisateur de E.Y. Monin (1995).
  49. Les sociétés initiatiques celtiques contemporaines, de M. Raoult, Rocher 1992.
  50. J.P. Cartier, M. Naslednikov: L’univers des Hippies, Fayard, 1970.
  51. Le Clan de Femmes Sauvages, E.Y. Monin (1994).
  52. Le Livre Rose du hippy, Paul Muller Un. Gen. D’Ed. 1986.
  53. Par la Langue des Oiseaux, reliquat païen des ogams et runes (voir notre ouvrage, à ce sujet, aux Éditions du Point d’Eau).
  54. Voir à ce sujet, l’étrange et symptomatique traduction, dans le trilingue Euro-Star Magazine, de l’anglais «premeditated Fun» par «Art de l’Éphémère», et toujours au sujet d’un Musée de Pop Culture, le «Une casquette au requin, une chemise punk sera un moyen pour ouvrir les yeux de ceux qui sont habitués à des expositions de costumes plus traditionnelles» que dit le texte anglais, et qui se trouve «traduit» par: «La chaussons Mickey ou la casquette au requin racontent chacun à leur manière un demi-siècle de mode tout autant que les fantasmes des créateurs Insolite». (Nous soulignons).

Essai de Tableau synoptiques du Paganisme actuel:

Tribalisme:

PLANS

PHYSIQUE

EMOTIONNEL

MENTAL

IDEOLOGIE

Nature "humaine"
Tout, partout

Dieux: Stars
Pop. religion
Amitiées utilitaires
Jouir

Pragmatisme
Utopisme
Ici, aujourd'hui, moi

AH!

Avec ce qu'il y a...

Vivre:

Survivre!

ART

Tag, Rap, Pop, Techno, B.D., etc...

Influences étrangères: patch-work, "sono mondiale". Diversité.
Language: Jargon parfois.

Clip, Zapping: court, rapide.
Messages des chanteurs, (idoles).
Livre culte: Guide du Routard

HABITUDES

Bandes
Voyages

Se retrouver ensemble pour "profiter". ("Plans")
Drogues: Musiques, Danse, T.V., "H"...

Unification pour le "facile": dérision, contestation, inspiration fantasmatique, "gauloiseries", violence.

HABITATS

cafés, Clubs, Caves,
"Boites", Maisons,
Banlieues

Rassemblements: Raves, hauts-lieux, Fêtes

Petits rassemblements

HABITS

De pied en cap...

"Street coutures"(pour tous)
Coifure mohican, afro, etc...
Piercing,Tatouages: cultures "étrangères
Cuir, clous: "primitifs"

Superposé, non ajusté
Affiché
Anti-conventionnel (couleurs, formes)

HABITANTS

Mouvements Punk, Rap, Grundge, Bikers, Gangs, Zoulou, Hackers, Routards, Zonards, Squatters [1]

Contre-culture plus ou moins inconsciente

"Primitifs" naturels

A la limite du New Age (plus "conscients" et moins "primitifs"): Country-Rock Fans et groupes Moyen Age, Jeux de Rôles, Culturistes, Chasseurs (á courre, surtout), Echangistes, groupements d'interêts commun non conventionnel: particularismes plus ou moins nets (Blue jeans, tatouages, médaillons "totémiques"), idoles (en posters, statues, etc.), pélerinage (lieux "sacrés"); guerres tribales (pamphlets, diffamations).

Article d'Emmanuel-Yves MONIN
publié dans la revue "L'Originel"
(Avril 1996)

 

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