De l'Assistanat écologique
à l'Eco-Conscience

"Mettez les bouteilles dans les containers conçus à cet effet"... "Déposez vos vieux journaux pour le ramassage"... "Diminuez la consommation de votre chasse d'eau en plaçant une brique dans le réservoir"... "Ne gaspillez pas l'électricité"... "Comment sauvegarder les ressources naturelles"... "Comment éviter les pollutions électro-magnétiques dans votre appartement"... "Utilisez les lessives bio-dégradables"... "N'utilisez plus les aérosols"...

Les conseils ne manquent pas! Les initiatives non plus! Les Associations pour les centraliser ou les diffuser abondent également! L'écologie est à la mode!

MAIS... Avez-vous côtoyé Monsieur-tout-le-monde? Avez-vous visité sa demeure? Et ses bureaux, l'usine où il travaille? Il peut bien répéter les discours et les mots d'ordre de l'écologie (ce qui est déjà fort rare), mais quand se risque-t-il à les mettre en application?

Sa télévision, sa radio, son électrophone fonctionnent souvent pour les murs qui ont des oreilles, celles des voisins qui les subissent!); les lumières du salon n'éclairent les meubles que pour les mouches, quand les occupants sont dans la cuisine; la chasse d'eau, un ou deux robinets jouent au goutte-à-goutte... Lui, il jette tout pêle-mêle dans le vide-ordure (même les piles usagées) et il jouit du calme de la campagne pour y vidanger sa voiture. Quant à celui qui milite pour l'écologie, n'avoue-t-il pas parfois qu'il ne lui reste que peu de temps pour s'en occuper concrètement chez lui, après tous ses rendez-vous, ses recherches, ses briefings, ses opérations sur le terrain?
lnconscience... lnconsistance de l'être humain... Alors qu'inexorablement la planète se pollue, se dénature, se détruit un peu plus chaque jour et irrémédiablement.

POURQUOI?
Parce que le problème écologique a été pris à l'envers depuis sa mise à la mode. Souvenons-nous! Les post-soixante-huitards qui cherchaient des alternatives biodynamiques, voire culturelles et éthiques (en un mot "éco-logiques") avaient un passé préparatoire et un présent à gérer qui les touchaient de près. De très près! Ils cherchaient, eux, comment vivre eux-mêmes à moindre coût, plus naturellement, plus sainement, plus intelligemment qu'avant. Il fallait que la communauté d'Ardèche puisse survivre; il fallait que l'existence à Paris soit viable, et monétairement et socialement, et demeure relativement saine.
Un exemple symbolique très concret? Le pain complet n'était pas acheté pour suivre une mode, pour minimiser les effets polluants de l'industrie agroalimentaire. Non! Seulement pour son bon rapport qualité (nourrissante)-prix!
Un autre exemple? Le nucléaire, en plus de la peur qu'il suscitait pour la santé, exigeait, comme l'électricité conventionnelle, des impôts et des frais: un travail lucratif s'imposait alors, avec ses conséquences anti-naturelles... Alors, pour couper le cercle vicieux, on cherchait dans le chauffage solaire et on apprenait comment fabriquer des bougies à moindre frais!
On cherchait, on trouvait, on appliquait sur le terrain. Sur son terrain!
Charité bien ordonnée commence par soi-même! Puis on transmettait ses découvertes en fiches au "Fichier Vingrau", dans les Pyrénées Orientales, qui les dispatchait, ou à la "Gueule ouverte" à "Actuel" à "Sauvage"... On questionnait, on faisait circuler les informations américaines ou françaises à ceux que cela intéressait vraiment, et uniquement à eux ("Bulletin C" et fanzines divers); on se rassemblait pour écrire des livres ("Manuel de la Vie Pauvre, Stock), pour fonder des coopératives, visiter les innovations écologiques.
On lisait, on parlait, on écrivait, et... On vivait à la hauteur de ses idées, en pratiquant le mieux-possible cet art de vivre holistique, sain, inventif, dynamique, révolutionnaire, d'avant-garde. Pour l'écologie, pour soi-même et pour la planète. Pas pour lancer des théories nouvelles ! Pas pour réveiller Monsieur-tout-le-Monde!...
N'est-ce pas cela, en vérité, l'écologie? Si, comme la moindre rigueur intellectuelle le souffle, on définit ce dont on veut parler, le mot écologie nous met tout de suite dans l'intelligence de ce dilemme évoqué ici.

L'ÉCOLOGIE....
C'est un discours, une réflexion, une étude (logos) sur l'habitat naturel, le milieu où vivent les êtres vivants (éco) nous apprend l'étymologie. Et oui ! Et les revues, les conférences, les mots d'ordre de cette écologie véhiculée dans tous les foyers prouvent bien qu'elle n'est qu'accessoirement considérée comme une "éco-nomie", qu'elle n'est mise en pratique pour la régulation, la gestion (nomie) de la vie domestique que par quelques "mordus" qui passent pour des obsédés, des utopistes, des soixante-huitards attardés, des empêcheurs de progrès, d'évolution, de modernisme, des pessimistes qui ne croient ni en Dieu, ni en la Nature, ni en la sagesse naturelle de l'humanité!
Certes, les écologistes déversent leurs mises en garde, résultats de leurs découvertes, sur la tête de Monsieur-tout-le-Monde, chacun à leur tour, les harcelant un jour de la peur du trou dans la plaque d'ozone, un jour du problème de l'eau polluée, un jour de la crainte des retombées radio-actives. Mais entre chaque averse, la tête de Monsieur-tout-le-Monde se repose, se rendort, oublie...
D'autant plus que ces problèmes apparemment disparates ne l'intéressent pas tous personnellement! D'autant plus que Monsieur-tout-le-Monde peut être un monsieur "ouvert" (au moins intellectuellement), certes, mais également un être "fermé", qui ne croit pas plus à l'écologie qu'à toutes les sornettes idéologiques qui, depuis des siècles, ont castré la vie sur Terre, l'ont rendue dénaturée, invivable de tristesse et de solitude! (Alors, il la hait, la critique ou l'ignore, lui, l'écologie).

POURQUOI?
Parce que l'écologie actuelle, hélas, n'est pas une éco-graphie qui décrirait l'état de la maison des humains dans une vision d'ensemble: un écologiste va tout connaître de la gestion saine des transports en commun; un autre des crèches et de l'habitat; un troisième aura tous les chiffres sur le nucléaire; un autre sera spécialiste de la protection des oiseaux ou de la pollution des mers, etc..., etc... Cavalant chacun sur son dada, qui s'occupe de la monture de l'autre? En a-t-il le loisir, voire les capacités intellectuelles?

ALORS...
L'un d'eux trouve-t-il comment rectifier écologico-nomiquement le désastre qui le préoccupe? Les conséquences sur les déséquilibres étudiés par ses pairs lui échappent...
Un exemple symbolique et caricatural? Le phoque ultra-protégé dévorera les poissons qui nourrissaient les hommes; or, les hommes veulent avant tout manger! Ils se rebelleront, massacreront les phoques... et tenteront d'exterminer les écologistes... Certes, c'est là une caricature, un excès pour toucher l'écologiste sentimental avant tout, qui n'a jamais eu de lapin dans son jardin, de souris dans sa maison, d'oiseaux sur son cerisier, l'écologiste des villes...
Mais, l'écologiste des champs et du terrain? Devant la nécessité de concertation, de vue d'ensemble et dans I'obligation de prudence, de patience, d'observation des paramètres pour toute rectification du déséquilibre écologique, comment pourrait-il plaire à Monsieur-tout-le-Monde? Celui-ci habitué au parcellaire de son moi-je-personnellement, à sa course au profit immédiat, au résultat à tous prix, n'attend que des solutions globales, rapides, efficaces, peu coûteuses en effort personnel comme en
argent, des réponses à ses problèmes à lui; et qui ne dérangent pas ses habitudes de déséquilibré! Après lui, le Déluge... Peu lui chaut! Que vogue la galère! Pourvu qu'on lui ait fourni auparavant son propre canot de sauvetage!QUE PEUT FAIRE l'écologie pour cet énorme pourcentage d'êtres humains qui ne pratiquent guère ses injonctions et continuent gaspillage et pollution en toute inconscience ou en toute bonne conscience?
Les mots d'ordre d'après soixante-huit ("il faut informer"... "Il faut éduquer") se sont révélés utopie. Comment pénétreraient-ils dans les OBSÉDÉS D'OCCUPATION? Dans des têtes harcelées déjà par tant d'images, tant d'informations, dans des têtes déboussolées par les fausses informations et l'intox, dans des têtes ressassant déjà tant de "problèmes personnels", d'obsessions urgentes (travail, argent, obligations et responsabilités de toutes sortes; conflits familiaux et sociaux, etc...)? Dans des têtes pleines du présent et du court-terme, comment faire pénétrer du futur, du long-terme? Fermés... Bloqués...
Et dans les OPTIMISTES DE L'ASSISTANAT? Ils savent, eux, en dépit de toutes les preuves scientifiques, intellectuelles, raisonnables, que la Nature s'ajustera, que le Progrès rectifiera (avec Dieu, nos savants, nos chercheurs, notre technologie de pointe), qu'on "trouvera bien une solution"... "Je salis... Maman nettoiera"... Ils n'ont pas changé depuis leur enfance. Bloqués sur leur confiance passive.
Et dans les NIHILISTES? Eux voient la fin des temps qui approche... "On n'y peut rien" soufflent-ils... "On est allé trop loin... Un peu plus un peu moins"... Bloqués sur leur pessimisme.
Et dans les AGRESSIFS? Eux, du genre si-je-me-cogne-contre-une-chaise c'est-la-faute-de-la-chaise, trouvent des boucs-émissaires. Les responsables des drames écologiques, ce sont les Paysans, les Usines, le Gouvernement, la Spiritualité qui démotive les recherches technologiques, qui diminue la consommation et appauvrit le pays et empêche ainsi l'application des découvertes écologiques officielles. Ce sont les technologies différentes, pas encore au point, les médecines parallèles (la Secte de l'Homéopathie qu'accuse... la Revue "Réalités de l'écologie" n°26) qui ne laissent pas "ceux qui savent" continuer leur "bon" travail (pas si désastreux que l'on dit, puisque la Terre tourne toujours!). Ce sont les écologistes qui donnent des supports, des bénédictions à leurs activités nouvelles! Bloqués dans leur imbécillité et leur égocentrisme primaire.
L'ÉCOLOGISTE, lui, a un égocentrisme secondaire (le véritable écologiste). Il pense aux autres, à la génération future, à la faune, à la flore, à toute la planète... et il a fort à faire alors, devant la multitude des dégâts causés par tant de siècles d'inconscience. Il pare au plus pressé, règle ou tente de régler les problèmes d'urgence. Quand le bateau fuit, on bouche les trous... On changera la planche plus tard!
LES BLOQUÉS, eux? L'occupé court sur le pont, donne des ordres ou cherche qui pourra, demain, lui procurer un canot. L'Assisté... assiste au spectacle; le Nihiliste se moque de leurs efforts. "On a peut-être pied " se répète l'Optimiste... tandis que l'Agressif ajoute la tempête.

... C 'EST LÀ, précisément, que la Conscience de l'écologie peut naître, se généraliser, devenir efficiente: quand l'Homme occupé sera fatigué de ne courir que pour survivre (quand le jeu n'en vaudra plus la chandelle, quand le bateau sentira vraiment trop mauvais et... que la mer ne sera que puanteurs), il mourra, se suicidera... ou prendra conscience de la Nécessité de l'écologie. Quand I'Assisté deviendra psychologiquement ou physiquement grabataire, un dernier sursaut de la pulsion de vie l'acculera peut-être à cette même conscience... Et le Nihiliste ou l'Agressif: lorsque solitaire, déprimé d'exaspération, il voudra "s'en sortir" ou découvrira miraculeusement l'efficacité de la dite écologie, prenant conscience de son erreur passée, ne prendra-t-il pas conscience également de la nécessité de l'écologie?

QU'EST-CE, en fait, cette conscience? La conscience de l'impact de l'extérieur sur soi-même, la conscience de interaction de toutes les choses entre-elles et l'Amour de soi. Voilà bien le drame qui paralyse l'écologie!
La plupart des êtres humains ne s'aiment pas eux-mêmes... Deux mille ans de christianisme mal transmis en ont fait des moutons se traînant vers l'abattoir, en suivant des aveugles qui jouent aux clair-voyants; ils courbent l'échine devant un Dieu (et ses sbires) culpabilisant, castrant, dévirilisant, déresponsabilisant, prônant l'assistanat, la passivité et la soumission.
Qui croit encore à la vertu de la joie, des fêtes non codifiées, à l'honneur, à la responsabilité, à la force, au respect de la Nature, à l'émerveillement?
Endoctriné à se croire pêcheur, impuissant, voué aux catastrophes et aux malheurs! Qui croit encore au bonheur possible? A l'harmonisation de la Terre? Qui veut alors atteindre ce bonheur? Qui veut alors, pour atteindre ce bonheur, s'occuper de son corps, du sens de sa vie, de l'harmonie de son environnement?...

... LE VÉRITABLE ÉCOLOGISTE...; celui qui, un jour, vécut "par hasard" un moment de bonheur, rencontra des gens heureux, commence à croire possible cet "état" de grâce... Celui qui, cela se conçoit alors facilement, accepte son auto-responsabilité, le travail sur soi ("hygiène" de vie) et sur son environnement (pour sa propre santé physique, émotionnelle et mentale). Voilà la véritable et complète éco-Iogie! Non plus, une écologie boiteuse, sentimentale, intellectuelle seulement avec ses absurdités, ses excès qui déclenchent d'autres absurdités et d'autres excès, d'autres dérèglements de la Nature! Non! Une attitude globale de conscience de soi, des autres, de tout, et du sens réel de ses motivations. Pas d'altruisme, d'humanisme qui dégénèrent en dictature, en étouffement des autres, en obsession de rentabilité, d'efficacité, en dessèchement du coeur pour soi... Non! Un altruisme né de l'égocentrisme conscient qui est sagesse (Ge le répète après Don Juan, le Maître yaqui). Charité bien ordonnée commençant par soi-même, comment ne pas être heureux alors, à tous les coups, les échecs étant évités par la conscience même du sens de la recherche et des efforts, le bonheur de vivre sainement, sagement... écologiquement?
Comprend-on maintenant pourquoi, en parallèle avec la prise de conscience des nécessités de l'écologie, se développent des mouvements perturbateurs, harceleurs de cette conscience naissante, freinant les actions de ses mesures essentielles et vitales? Pourquoi les groupements qui valorisent un certain idéal de vie, des techniques pour le mieux-être; pourquoi des êtres qui incarnent quelque peu déjà la joie de vivre se trouvent diffamés, voire agressés, tournés en dérision? Sauver la planète par l'écoconscience, l'éco-philosophie, nous l'avons vu, c'est avant tout motiver l'être par des exemples de réussite, des modèles de réalisation pour son retour, via la confiance vécue, à sa propre autonomie naturelle. Le bénéfice en sera le bonheur, la joie permanente auto-régulée, l'exemple pour autrui, alors, de la nécessité vitale de respecter sa propre nature autant que la Nature, c'est-à-dire de la nécessité vitale de I'écologie! Fin alors du cercle vicieux et début du travail reconstructeur, réparateur, re-naturel.
Mais, ils voient tout cela de leur oeil noir, les organismes totalitaires, religieux ou économiques! Car, ils n'en tireront aucun bénéfice, de cette Conscience de la Nécessité d'une véritable écologie! Plus de main-mise sur les consciences ou sur les richesses matérielles usurpées! Les êtres s'auto-satisfaisant ou tirant leurs bénéfices de l'amélioration de l'environnement psychologique, social ou matériel ne sont plus des vaches à lait passives! "VIVEZ en compagnie des Sages" disent les philosophies orientales qui, avec tant d'autres, surent maintenir la Source de la Conscience écologique, la Conscience de l'Homme véritable... "Les gourous vous exploitent, vous endoctrinent" clament au contraire les profiteurs du malheur des autres, des déstabilisés par le déséquilibre écologique. "La conscience du New-Age, tous les êtres épris d'un idéal ou de foi embarqués dans un groupe qui répond à leur demande sur un plan spirituel, humanitaire, social, scientifique, psychologique ou ésotérique sont des escrocs intellectuels sous différents masques: religieux, éthiques, culturels, médicaux, écologiques" hurlent-ils dans les journaux (Cosmopolitan Mars 92).

A chacun de choisir son camp en son âme et conscience, s'il a atteint le point de non-retour ou il en a redécouvert l'existence...

Emmanuel-Yves Monin

Article d`Emmanuel-Yves Monin.

 

Pour le Maintien des Valeurs Traditionnelles