Le «New Age»
et l'éternelle science du jeu de la vie

(à travers 3 livres récemment édités)

Pourquoi y-a-t-il eu, brusquement, une telle recrudescence d'intérêt pour l'Ecologie, pour les «réseaux du Nouvel Age» qui proposent l'étude des forces de la Nature, la convivialité consciente, les contacts harmonieux entre les êtres comme entre l'homme et la Nature?

Pourquoi tant d'ouvrages et d'ateliers sur le Chamanisme? Pourquoi tant de Collèges druidisants, tant d'amis spiritualistes autour des menhirs, d'arbres ou sous les étoiles, à chaque pleine lune, solstice ou équinoxe? Et ce nouveau Stonehenge, à Stockholm?...

Et pourquoi, adjacente, la désaffection notoire vis-à-vis du catholicisme officiel? Pourquoi des groupes deviennent évangélistes, dissidents ou quêteurs d'absolu en des sectes nouvelles et plus réconfortantes?

POURQUOI?

Certains s'interrogent intelligemment sur ce «phénomène de société», tel le jésuite Jean Moussé dans «La Croix» du 16 Novembre 1991, cherchant objectivement les points communs des êtres humains, les éléments «droits» des «chemins de la liberté et de la foi»... D'autres, interprétant avec leurs obsessions névrotiques et pour régler leurs comptes personnels le message du pape, sa «nouvelle évangélisation de l'Europe» (Canard Enchaîné 4 Décembre 1991) semblent vouloir retourner à l'époque de l'Inquisition et tentent d'instaurer des chasses aux sorcières un peu partout (voir le témoignage de Philippe Sollers dans l'Evènement du Jeudi ou le dossier anti-sectes du numéro 1601); ceux-là veulent refaire le monde pour s'auto-rasséréner plus tard. Ils font la guerre pour avoir la paix! D'autres, sentant ce besoin d'unifier dans leurs têtes les cultures, les religions et tous les humains par amour de la paix... et de l'amour, se raccrochent aux paradis artificiels des drogues, du haschish, aux récitations de mantras, de la télévision à hautes doses aux mots croisés auto-valorisants, de la pharmacopée calmante à la fièvre du travail recentralisante.

PAS NOUVEAU

Ce n'est pas un phénomène «nouveau»; y-a-t-il quelque chose, jamais de «nouveau sous le soleil»?
Un auteur trop méconnu, et l'on comprend vite pourquoi en le lisant, dénonçait déjà voici un siècle ce nécessaire, évident, incontournable besoin de certains êtres humains à trouver à la campagne, dans un monastère, dans le progrès ou la solidarité des groupements, l'échappatoire au mal du siècle. Il suffit de lire Lélia, le Compagnon du Tour de France, la Ville Noire de George Sand?

Auparavant, Cervantès, Jean-Jacques Rousseau, Thoreau, certains romans de la Table Ronde, les célèbres Tristan et Yseult avaient exposé la solution du retour à la campagne et à la méditation, repris en chœur par les beatniks d'avant 68...

Puis les utopistes, les créateurs de phalanstères, les Fourier, St Simon, Leroux du XIXe siècle, après les bâtisseurs intellectuels de la Cité idéale (Platon) ou de la Nouvelle Jérusalem (Bible) exposèrent l'image naturellement subséquente... Une image née de la difficulté à assumer la solitude en solitaire, voire de l'intelligente compréhension de la nécessité de communication, de communion, d'entraide. Et les hippies les remirent à la mode avec leurs communautés...

ALORS?

Allons-nous vers une 3ème phase? Cela est certain pour qui veut bien regarder et les engouements précités et les séquences universellement structurées d'identique manière:
Solitude dans le désert – Groupement des solitudes dans le désert – Déploiement hors du désert.

Certains diront que ce fut le passage des hippies aux «yuppies»: ils retournèrent en effet dans la société pour y faire leur place et de l'argent, à partir de leur expérience de solidification personnelle et divine (beatnik dans le hippy) et de leur expérience de la vie associative (hippy). Oui! Mais ils oublièrent leur idéal!

Du retour au début de la structure triphasée, et avec le bénéfice passé inhérent à tout «nouveau» départ ou comme phase trois, après beatniks et hippies: voici le New Age...

LE NEW AGE:

Cette Nouvelle Ère pense pouvoir réconcilier «l'homme, la société et la nature» (Génération Ecologie), joindre le Ciel et la Terre (yogas divers), l'homme extérieur et l'homme éternel (médecines parallèles, rebirth), en accord avec l'image symbolique et parlante du Verseau de l'ère...

Les joies des sens jouxteraient le respect des vérités éternelles que toutes les traditions surent maintenir au moins par les textes. Ce serait la réconciliation du corps et de l'esprit, du moi et des autres, du spirituel et du matériel.

Au-delà de tout dogme, de toute caste privilégiée et limitante: par la révélation de la correspondance entre les Eglises extérieure et intérieure (dit la revue Hermès Thot de Novembre 91).

Ainsi firent toujours les peuples sains, à la sagesse authentique, qui s'assimilèrent aux envahisseurs en maintenant les vérités essentielles de leur doctrine de vie: ainsi firent les Celtes qui maintinrent leurs héros sous la forme des Saints (pour lesquels l'Eglise dût souvent inventer des documents historiques!) et par des sculptures peu catholiques (!) dans certaines cathédrales... Ainsi firent les cultes pré-islamiques avec l'Islam, et le Vaudou avec les Invasions du Christianisme.

Ainsi tentent de le faire aujourd'hui de rares prêtres seulement, tandis que les autres partent en guerre contre les «nouveaux mouvements religieux», le culte du corps, l'hédonisme, le paradis sur terre: ils essayent de remettre le corps à sa juste place, après l'avoir dénigré et conspué (voyez l'article de Libération du 6 Décembre 1991 sur les prêtres valorisant l'alpinisme et la course à pied!).

QUOI ?

Qu'apporte ce courant d'Ère nouvelle? Que souffle l'Esprit?

Ce que, cycliquement, il se doit d'apporter pour dépoussiérer, réanimer les vérités étouffées par les habitudes et les dogmes. George Sand écrivait, en 1851, ce que l'on pourrait écrire aujourd'hui: «je n'ai point révélé de vérité nouvelle dans mes ouvrages; je n'y ai jamais songé bien qu'on m'ait accusée, avec une ironie de mauvaise foi, d'avoir voulu, comme tant d'autres, jouer à la doctrine et à la secte».

Mais les «encroûtés» ne veulent pas s'assimiler aux envahisseurs: ils persécutent... «Les braves gens n'aiment pas qu'on suive une autre route qu'eux» (Brassens); les ricanements des «sots et des ignorants», au passage du Pape des Escargots (dans le livre de H. Vincenot), se complètent par les persécutions des Païens de jadis (voir le film Le Moine et la Sorcière de Suzanne Schiffman).

«Voilà comment un monde et une certaine religion accueillent les tentatives de moralisation»! Avec le «poids des anathèmes» dit George Sand, dans une introduction. Le «monde officiel», le «monde positif», (Compagnon du Tour de France et Autobiographie).

C'est donc non plus en groupements ou institutions séparés en fait de la société ou de la planète, ni en solitaires, mais en citoyens à part entière, que semble se proposer l'idéal actuel.

Regardez! On s'occupe de la couche d'ozone de la planète, des éléphants ou de la faim dans le monde, tout autant que de l'état de son corps, de l'agression des médicaments, des antiques thérapies et des vérités universelles de tous les hommes et de toutes les religions.

En s'associant à autant d'Associations que possible! «Il faut peser toutes les opinions, discuter et se consulter» disait George Sand «Paix, Amour, Santé... et Fantaisie» placarde l'éditorial de la Feuille Verte (n° 14).

Si l'être humain parvient à réaliser d'une part que «la vérité consiste en l'inaltérabilité» et qu'elle est immortelle (comme disent, entre autres, Nicolas de Cues, François de Salles ou George Sand), d'autre part que ses expressions ne sont que des «traductions libres» (Sand), alors la tolérance sera un aimant possible! Et donc la co-existence pacifique, l'égalité et l'entraide! Une seule différence: certaines voies «s'égarent dans des labyrinthes, d'autres se heurtent à des murs. Quelques unes s'envasent. Mais le soleil est à l'horizon. A chacun d'avancer selon sa conscience» (J. Moussé).

Exemples:

Trois ouvrages édités ou réédités cette année sont révélateurs de cette assertion.
Qu'y a-t-il en effet de plus éloigné dans le temps et les lieux que ceux-là? Et cependant, c'est une même philosophie qui s'y expose, une même aide pour trouver son chemin dans «le labyrinthe de la vie» sans dénigrer ou violenter les autres! Leurs titres: Les Fables Egyptiennes et Grecques de Dom Pernety (La Table d'Emeraude) de 1786, Le Manuscrit des Paroles du Druide sans Nom et sans Visage (Le Point d'Eau) et Le Temps du Rêve (La mémoire du peuple aborigène australien) de C. Harecker (Le Mail).
Peu importe, pour lire les deux premiers, que l'on soit chrétien, athée, bouddhiste, musulman, macrobiote, intellectuel, inculte... Pourquoi? Parce que leur vocabulaire est «neutre» par rapport aux vocabulaires typiques des religions qui surent nous irriter, nous traumatiser, nous faire peur et qui souvent nous rappellent les bûchers, les croisades sanguinaires et tant de persécutions. Dom Pernety décode des mythes transhistoriques en termes quotidiens... Le Manuscrit ne parle que des Arbres, du Soleil, de l'homme dans la Nature avec ses goûts simples, sa hutte et ses activités vitales, ses idoles, sa joie, les animaux qui l'entourent). Ce sont des expériences quotidiennes pour l'Européen comme pour le Chinois, pour le Chrétien comme pour le Sivaïste!

Quant à l'enseignement aborigène rapporté, il se perçoit, malgré le vocabulaire spécifique et l'environnement bien différent du nôtre, tout à fait pour nous aussi. N'avons-nous pas nos Totems (mal choisis peut-être) également? Les lois de la Vie sont-elles différentes suivant les races? L'Art ou la Médecine ne nous préoccupent-ils pas tous autant?

L'ESPRIT DU NEW AGE

Voilà bien l'Esprit du «New Age»: à la portée de chacun, au-delà de toute culture spécifique et de capacités intellectuelles particulières. A l'écoute de tous ceux qui savent vraiment quelque chose et non d'un seul (souvent faux prophète, même officiel!); à l'écoute de tous ceux qui ne savent pas grand chose également; non pour les contredire, non pour les phagociter en épousant leurs théories, non pour se mimétiser sur leur bêtise, non pour briller en les gagnant à sa propre cause... Non! pour voir les identités remarquables, les affinités électives, les similitudes unifiantes de tous les êtres et de toutes les choses. Pour redécouvrir l'Unité cachée, par synthèse naturelle de l'intelligence véritable. Pas par «syncrétisme» collectionneur qu'y verront les incapables de perception globale! Tout simplement parce que l'Unité précède le multiple dans la manifestation!

Pour cela, évidemment, seuls comptent l'observation et le bon sens, ce dont tout le monde est censé être capable! Si Dieu (d'après le message du Christianisme, par exemple) a créé toutes choses, ne peut-on, en les regardant, voir le juste modèle, ce que «tous les prophètes ont reçu» comme évidentes vérités de base? Les choses, elles au moins, n'ont pas chuté, n'ont pas été saisies par le Prince de ce monde! Voilà pourquoi l'Aborigène australien en observant la pluie, les animaux, Dom Pernety en comprenant le sens du loup, du chien, du coq, de la poule (11122) dans «le sens hermétique», de la putréfaction, du changement de peau «pour symbole» des phases du Grand Œuvre de l'existence, ou le Druide anonyme évoquant mille sujets quotidiens atteignent aux Lois universelles. L'ésotérisme n'est pas un enseignement secret, comme les imbéciles voudraient en persuader les peureux qu'ils dirigent: seulement une évidence cachée à ceux qui ne veulent pas chercher plus loin que la surface exotérique des choses!

Le matérialiste, le chimiste, le physicien, les esprits mécanistes verront, tout comme le spiritualiste et son vocabulaire, au-delà de toutes notions de divinité, les lois inexorables qui, transposées à l'homme, révèlent sa juste mécanique, son fonctionnement harmonieux originel.

En affûtant des lames de rasoir sous une maquette de pyramide, en se refaisant une santé à la montagne, en arrêtant son ulcère à l'estomac, en apprenant à chanter, le premier dira peut-être «Merci mon Dieu», l'autre «vive la science des forces telluriques et des ondes de forme»... Mais tous deux, directement: «Merci la Vie!»

Ainsi, la Fable d'Apollon, vêtu de couleur pourpre, chantant la victoire (1163), le passage du noir à la blancheur, «passant sur la tête» dans le vaisseau de l'Alchimiste (284) comme du chimiste, révèleront non seulement à tous deux, mais à tous, le processus de retour à la joie par les petites choses bien comprises...

Ainsi, l'étang immobile ridé «en cercle» qui devient «agité de vagues» (Manuscrit 67) rappelle l'évidence, soit de la nécessité d'impossibilité soit, par l'image suivante de la pierre sur les vagues, des dangers des petites choses; c'est la «graine de baobab» du petit Prince de St Exupéry!

Ainsi, l'injonction «Vivez solaire» et non «lunaire» rappelle que les «réflexions» toujours indirectes, toujours transmises par un réflecteur encombré de mentalisations, de questions et de désirs, sont peu efficaces pour le bonheur et le rayonnement! (235).

Homère (Fables II 572), les fables égyptiennes et grecques, les réactions chimiques, les phénomènes physiques (effet Kirlian, ondes de forme), les «problèmes quotidiens», tout se révèle alors identiquement structuré, engendré et perpétué...

JOUER LE JEU

Certes la compréhension n'en vient pas pour autant; les paramètres étant si nombreux, les «voies de Dieu» demeurent obscures... Mais l'être, déjà, a changé de point de vue: il est passé dans le Jeu; la bille du flipper, en fonction de la pulsion donnée ou «Dieu sait pourquoi», va illuminer telle borne plutôt que telle autre, faire tel score plutôt que tel autre. Forces de frottement... Ondes de formes... Rayonnements...

Au lieu de pester contre le Jeu, d'accuser les autres, de ne rien voir et d'être joué-jouet, l'être deviendra responsable de ses actes et de ses paroles... Très utile cela, en ces temps d'irresponsabilité et d'auto-satisfaction!

Alors la mécanique (devenue quantique) et Shakespeare («le monde est une scène de théâtre»; «les choses sont faites du même tissu que les rêves»...) sont réconciliés en l'être humain... «Il n'y a plus qu'à»... vivre en Artiste, dans quelque domaine que ce soit, en utilisant les lois connues, les conséquences des actes; dans la mesure du possible!...

Emmanuel-Yves MONIN

arkologie-numero8-septembre-1992Article d'Emmanuel-Yves Monin,
paru dans la revue "Arkologie" N°8, septembre 1992.

A voir aussi :

Livre

Livre_d_Emmanuel-Yves_Monin-le-manuscrit-des-paroles-du-druide-sans-nom-et-sans-visage


Le Manuscrit
des Paroles du Druide
Sans Nom et Sans Visage

Un ouvrage de base complet, pour approcher la Doctrine des anciens Druides.

 

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