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Commentaire au "Nouveau Paganisme" (Texte d'Evola)

Article d'Emmanuel-Yves Monin (Notes de lecture)

Nous avons lu avec joie dans l'excellente revue de spiritualité et de tradition "L'Age d'Or" (n° 6. Pardès. Diffusion Trédaniel) la traduction d'un texte de Julius Evola sur le "Malentendu du Nouveau Paganisme"...

Avec joie car ce texte, écrit aux environs de 1936, expose ce qui nous semble être, encore de nos jours, en France, le danger évident de toute tentative de retour aux valeurs celtiques : une mise au point donc, pour le public, de la notion même de Paganisme et un avertissement pour les défenseurs du Renouveau celtique, afin que soient solidifiées les bases de leur démarche pour leur crédibilité, leurs justes cris d'alarme et le message urgent qui peut encore être lancé sur terre par leur intermédiaire.

Que n'y sévisse plus ce manque de rigueur intellectuelle, dénoncé par l'article comme par René Guénon en tant d'ouvrages, aujourd'hui généralisé à tous milieux, "l'amateurisme, le fanatisme et l'inculture", entraînant ainsi un "paganisme négatif", porteur de la "marque de la confusion, de la répression, de la porte de toute orientation véritable" (p. 14)...

Que la lecture de ces pages aide à la rectification, comme à la vérification, le lecteur sincère à la recherche de la Vérité, nous ne saurions en douter : la critique s'adressant à d'autres passe plus facilement ! Et il s'agit, en l'occurrence, de l'Allemagne d'avant 39, "où des courants plus ou moins proches du national-socialisme entendaient créer un nouvel esprit religieux, non chrétien" (p. 5), un "nouveau paganisme très équivoque" sans rapport avec "l'Impérialisme païen" que l'auteur avait prôné, en 1928, pour l'Italie ("Nous avons en effet reconnu, jadis, la valeur que pouvait avoir la reprise de certaines des grandes traditions pré-chrétiennes pour la reconstruction de notre civilisation européenne dans un sens héroïque, impérial et intégralement "romain"" (p. 6).

Car combien est évidente, dans tous les domaines, "la déformation que nombre d'idées susceptibles d'une signification supérieure subissent du fait de leur adaptation à des buts purement empiriques et tendancieusement politiques" (p. 6) !

Combien (inconsciemment) malhonnête qui veut rapporter ce qu'il ne connaît que par sa compréhension limitée, filtrée par ses obsessions personnelles ! Et quel délire lorsqu'il s'agit d'un enseignement méta-physique ! Combien (inconsciemment) aveuglé aussi qui va chercher ses informations sur les doctrines pré-chrétiennes dans "une certaine apologétique chrétienne qui procéda à la déformation et à la dépréciation, souvent systématiques, de presque toutes les doctrines et traditions qui la précédèrent et auxquelles elle a ensuite accolé l'étiquette globale et péjorative de paganisme" (p. 7).

Observons les "traits saillants" de cette déformation érigée en système par les néo-païens allemands, et, toujours avec l'auteur, la vérité "traditionnelle" parallèle que l'on peut encore trouver "dans les écrits d'Origène, de Clément d'Alexandrie, de Justin", de ceux qui ont "une compréhension plus profonde des principes et des symboles propres à la civilisation antérieure" (p. 9).

N'en est-on pas au même point aujourd'hui : qui n'associe pas "la manière de vivre "païenne" à une licence naturaliste" ? Qui ne voit pas un tel renouveau comme "une divinisation superstitieuse des énergies de la race exaltées sous la forme d'idoles" (p. 8), un retour à "un état d'innocence propre aux êtres pas encore éveillés à une aspiration vraiment métaphysique" (p. 8) ?

C'est bien là méconnaître la notion même de Libération, "c'est-à-dire d'accomplissement métaphysique de la personne humaine", "l'idéal supérieur olympien des anciennes civilisations de l'Orient et de l'Occident" (p. 13)...

Et certes, à vouloir se révolter "contre toute autorité spirituelle" (p. 13) antérieure, contre le message "sinon chrétien tout au moins catholique" et mettre "toute la dogmatique catholique au compte des superstitions du "sombre Moyen Age"" on empêche même (en attendant que se révèlent de véritables transmetteurs des authentiques valeurs celtiques) la fonction de "barrage" des religions officielles qui peuvent encore, "dans une certaine mesure, empêcher que la mystique de l'immanence et la subversion prévaricatrice venue d'en bas ne dépasse un certain seuil" (p. 15)...

Emmanuel-Yves Monin